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Regards sur la culture, images des rues, mots venus par inspiration

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5 avril 2015 7 05 /04 /avril /2015 17:40

Après, la voie cactée, une nouvelle histoire canarienne. Plume de rue en vacances à la plage qui se cache sous les pavés. Toute ressemblance avec vous-même ou quelqu’un de votre entourage serait malheureuse.

Ce devait être une semaine pour eux. Rien que tous les deux, sans les enfants laissés aux beaux-parents. Une semaine pour se retrouver parce que depuis la naissance de Léa il y a dix ans, ils avaient enchaîné les séjours en famille, les bungalows sur la côte et une grande partie des congés à la maison. Il disait pourquoi partir alors qu’on a la mer pas loin et puis comme ça tu peux t’occuper de tes fleurs tu dis que n’as jamais le temps. Mais là une mouche l’avait piqué et pour leur anniversaire de mariage, il lui avait offert une semaine au soleil. Pour une fois, et plus c’est toi qui choisis. Elle serait bien allée en République Dominicaine mais il avait souligné que ça faisait beaucoup d’heures d’avion, qu’il y avait le décalage horaire et qu’elle aurait du mal à reprendre le rythme au boulot après. Sans compter que c’était extrêmement cher. En revanche, il y avait des vols directs depuis Nantes jusqu’à Las Palmas, il n’y avait même pas besoin de monter jusqu’à Paris. Et puis son collègue Christian lui avait donné un tuyau terrible sur un hôtel sympa à quelques centaines de mètres de la mer avec buffet à volonté et tout à portée de tong. Il s’était occupé de la réservation sans omettre de lui montrer les preuves photographiques sur le site du voyagiste de la promesse de paradis qu’il lui offrait. A eux le kilomètres de plage de sable, les parasols à rayures et les transats qui n’attendaient que le passage des glaciers. Une otite chez Jonathan avait failli les faire renoncer mais il avait su la convaincre que le pronostic vital de leur adolescent n’était pas suffisamment engagé pour qu’elle renonce à ces vacances bien méritées. Le vol avait secoué un peu mais elle avait évité d’exprimer ses craintes ne voulant pas l’énerver davantage que les trois de retard que la compagnie charter leur avait faire prendre, sans explication valable de gâcher ainsi les quelques jours de vacances de pauvres contribuables méritants.

La chambre était propre un peu vieillotte et avec la vue sur le parking mais il y avait une bouilloire avec deux sachets de thé earl grey par jour et des échantillons à volonté dans la salle de bain. Elle avait remisé tout ce qu’elle pouvait, chipé quelques gâteaux sous vide au buffet du petit-déjeuner, pour ramener aux enfants. Les journées étaient ensoleillées et elle regretta de ne pas avoir apporté de crème solaire. Pourtant il en restait un tube à peine entamé datant de l’été dernier. Quel dommage. Ils sympathisèrent avec un couple des Hautes-Alpes rencontré lors d’une excursion sur un catamaran géant. Le monsieur l’avait aidée à monter à bord, alors qu’elle était en difficulté avec une marche trop haute et ses kilos superflus mal à propos. Sa dame aussi avait un peu d’embonpoint et elles avaient partagé la même banquette à l’ombre pendant que les hommes profitaient de l’apéritif au soleil. Absorbée par la conversation et les détails donnés sur sa vie dans les pays de Loire, elle avait réalisé tout à coup combien il était appréciable d’être ici sans les enfants même si ils lui manquaient un peu. Elle regardait régulièrement vers son mari et appréciait sa relative sveltesse au regard des autres vacanciers. Elle se sentait bien.

En rentrant de l’excursion ils avaient pris un pot à l’embarcadère avec l’autre couple et s’étaient promis de se rendre visite dès que le temps le leur permettrait. Grisés d’embruns et de bière, ils avaient ensuite fait des emplettes. Elle avait insisté pour prendre un teeshirt pour chacun des enfants qui s’étaient ajoutés à la somme des bricoles pour les uns et les autres et une un peu plus grosse pour ses beaux-parents qui leur avaient tout de même bien rendu service. Aloé vera pour sa collègue, céramique pour ses parents à elle, magnets pour tous, rhum distillé sur place à la vanille pour eux et nature pour les voisins, tout était local et elle était ravie de pouvoir faire plaisir, fière à l’idée de la distribution qui s’annonçait.

La semaine touchait à sa fin et elle disait qu’elle ne voulait pas rentrer, ravie de ne pas avoir à faire la cuisine et il vaisselle. Ils avaient fait une promenade sur la plage au soleil couchant, se tenant par la main comme de jeunes amoureux. Il l’avait prise par la taille et taquinée sur ses poignées d’amour. Elle avait rougi et il l’avait embrassée en lui disant qu’il aimerait toujours sa môman à lui. Quand elle avait eu du mal à fermer la valise, allongé sur le lit, il l’avait charriée. Elle lui avait dit qu’il serait bien content de boire le rhum qu’ils ramenaient et que les enfants aient de nouveaux teeshirts pas chers. Il avait souri. Et elle était bien contente de sa repartie. En revanche, en voyant sa tête au comptoir d’enregistrement de l’aéroport quand la dame avait annoncé dans un français impeccable qu’il fallait payer un excédent de bagages et qu’il avait hurlé « trois kilos, mais c’est énorme ! », elle avait su qu’il lui ferait payer.

Trois kilos, c’est énorme !

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Published by Plume de rue
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