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Regards sur la culture, images des rues, mots venus par inspiration

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22 novembre 2014 6 22 /11 /novembre /2014 00:00

Comme dirait cette chère Lucette, en ce moment y’a plein d’expos photos à Paris !

Alors Plume de Rue est allée voir, contempler, admirer, rester perplexe et critiquer. Pour rester positif dans le boire et le manger du cliché parisien, cet article ne traite de ce que j’ai retenu.

Dans l’ordre ou dans le désordre, je vous recommande :

Gary Winogrand au Jeu de Paume sans commentaires car ils viendront (peut-être) plus tard.

William Eggleston à la fondation Henri-Cartier Bresson. Celles et ceux qui viennent à la déambulation dimanche comprendront de quoi je parle.

Dirk Braeckman au Bal, une âme grise sur toile lisse. Un univers for sure, où le tirage fait autant que le cliché voire plus. Un parti pris de format et des images où il faut rentrer en nuances de gris souris, gris clair de lune, gris clair ou gris foncé. Je garde en mémoire une porte ouverte sur un bout de couloir qui s’agrandit quand on s’éloigne. Une sensation de vide profond et en même temps de mystère plein de profondeur.

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Alberto Garcia-Alix à la MEP nous donne du noir et du blanc, du sombre et du dérangeant, des formes et des ombres. Des visages et des bouts de corps. Il cherche les limites et photographie sans. Un faux horizon morbide par moment qui dérange et happe. Il a du talent, de l’idée dans le cadrage et les frissons qui parcourent mon corps encore maintenant à l’idée de cette femme au corps de profil nous donne à voir son crâne rasé de dos, je me dis qu’il reviendra me hanter. Un simple fil donne une occasion à écrire ou à penser à la vacuité de certaines choses.

Toujours à la MEP, dans Toute photographie fait énigme, Michel Frizot fait un boulot d'assemblage. Il rassemble des photos dont la plupart sont d’anonymes et les classe, les regroupe. Segmentation de thèmes, La série sans l'intention de la donner par l’association à d’autres amateurs. Cette expo nous donne à voir, interroge notre regard et parfois nous fait sourire. C’est frais, accueillant et bienveillant. Bref, ça fait un bien fou, même si au départ on serait tentée de se dire qu’avec tout ce qu’on voit sur Instagram, Facebook et autres, les photos sans enjeu on a en déjà plein la vue. Mais non.

Et puis, Roman Vishniac au Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme. Pour celle-ci, il faut prendre son souffle, et ses niveaux de lecture sont nombreux.

D’abord, les images sont belles. Cadrages et portraits réussis, instants décisifs à la Cartier Bresson.

Ensuite, les images témoignent d’une époque : Photographe humaniste juif vivant à Berlin dans les années 30, Roman Vishniac se cachait pour prendre ses clichés. Sa fille de 7 ans comme subterfuge posant devant le vrai sujet, la vitrine d'un magasin qui mesure la taille des crânes pour les certifier aryens. C’est un beau travail de mémoire qui vient ajouter de la résonnance à tout ce que j’ai vu à Berlin, au cinéma ou chez Franck Capa. On imagine le courage de l'homme qui a continué à exercer son métier, à témoigner de la montée inéluctable de l'horreur malgré les risques et pas seulement celui de se faire casser la gueule comme quand on prend une photo d'un peu près, celle d'y laisser sa peau. On regarde les larmes aux yeux la misère, la faim, la peur, l'épuisement sur les visages des européens de l'est dans les années 30.

A ce stade, je me demande ce qui fait œuvre et ce qui fait témoignage.

Et puis il y a le troisième angle, celui de la politique, de la religion, et de la guerre, celui de la Shoah. Il est dans les cartels et c’est sûrement le parti pris du commissaire de l’exposition. C’est un sujet tragique (le terme est faible) mais il manque à mon avis un point de réflexion. Je ne suis pas là pour refaire l’histoire mais comment est-il possible qu’avec ces témoignages publiés à l’époque, communiqués et envoyés de par le monde grâce au travail de Roman Vishniac, tout soit allé comme on le sait et qu’au final, ça n'ait rien changé ?

Bref, vous avez l’embarras du choix des clichés comme dirait Lucette. Et pis la peinture alors ? Hein ma pauv Lucette, et pis la peinture, y’a pas beaucoup d’actu en ce moment.

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Published by Plume de rue
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