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Regards sur la culture, images des rues, mots venus par inspiration

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27 octobre 2011 4 27 /10 /octobre /2011 15:35

bandeauzou

 

 

Avant le show

Demain, la formatrice aguerrie que je suis va animer un groupe de 15 personnes. Trois jours sur la relation client. Routine.

Ca commence à huit heures, en lointaine banlieue, et je décide donc d’arriver la veille, histoire d’être à peu près fraîche au démarrage.

Je réserve donc une chambre dans un hôtel pas trop cher (surtout ne pas fâcher mon client avec des frais somptuaires). Chaumières de France, ça sonne bien, ça fait chez soi, traditionnel, simple, chaud …

J’arrive. L’hôtel est au milieu d’une zone semi industrielle, en bordure de route.

Je rentre et le gérant me donne ma clé de chambre.

Il y a deux lits simples, le matelas est dur, pas de couverture supplémentaire dans le placard, c’est sombre aussi, dans un recoin une porte fenêtre donne sur les parkings. Je déballe mes affaires, et m’aperçois que j’ai oublié ma trousse de toilette, merde … Je suis partie en coup de vent, et les détails logistiques me prennent la tête, j’ai évacué le sujet.

Merde merde merde, quand même ;  je me vois rapidement ne pas me laver les dents pendant deux jours : beurk. Pareil pour le déodorant ; bon il est trop tard ce soir pour chercher un magasin ou une pharmacie, je vais voir le gérant.

Je lui demande s’il a une brosse à dents ; il n’a pas l’air de comprendre, je répète trousse oubliée, brosse à dents, avez-vous ? Ah bon, vous voulez un kit dentaire, oui c’est ça un kit dentaire,  une brosse à dents et du dentifrice pour aller dessus quoi, je ne parle pas l’hôtelier dans le texte. Kit’dentaire, il a dû avaler l’expression entière au cours d’une de ses formations.

Ouf je pourrai me laver les dents. Le reste attendra demain. Je vais dîner.

Pas très faim, j’aurais aimé une salade, mais je ne sais pas pourquoi, je commande une omelette aux lardons.  Et c’est tout ? me demande la serveuse, légèrement agressive, ben oui, c’est tout, de l’eau avec, et du robinet. Visiblement elle ne voit pas comment s’y prendre autrement avec un client qui ne veut pas de café, pas de dessert, pas de bouteille d’eau.

L’omelette est brûlée sur les bords, truffée de lardons, frites minces scintillantes de sel, salade au vinaigre de framboise, tout ça est salé à mort, pourtant je mange tout, reste d’éducation ; je vide à peu près deux litres d’eau.

Près de moi des gars, des habitués en sont à leur deuxième apéro,  ils grignotent des cacahuètes caramélisées. Le gérant explique qu’il s’est gouré, qu’il a pris du sucré et qu’il faut les finir, c’est sûr on est en famille.

Je vais me coucher tôt, pas grand-chose à faire à part dormir.

Ma descente vers le sommeil est interrompue par une voix, un homme au téléphone, quasi comme s’il était dans la pièce à côté, de fait il l’est, les murs sont en papier … et ça dure, ça dure, il doit être minuit, je tape sur le mur ; je n’ai pas de boules quies, elles étaient dans la trousse … je me rendors, pas pour longtemps. Deux litres d’eau, et en plus, j’ai encore soif ; foutus lardons. A la troisième relevée, je me crois tirée d’affaire. Je ferme  les yeux, mais j’entends un ronflement : c’est  du régulier, du vibrant, du costaud, aucun espoir de changement de rythme, d’assourdissement. Un ronfleur de fond qui a pris son rythme de croisière : ma nuit est finie.

Au matin, je suis réveillée en sursaut par mon téléphone. Je vis ce quart d’heure terrible où on s’embarque enfin pour quelques heures de sommeil et où il faut se lever. Je me presse, bourre mon sac des vêtements sales, ça craque de partout … et merde ; il fallait qu’il finisse sa vie chez Chaumières de France.

Avant même de prendre mon café, je vais voir au comptoir, le gérant n’est pas là. C’est un employé qui m’accueille, je lui demande s’il y a un magasin, une pharmacie, pour acheter ce qui me manque ; il ne comprend pas, il s’adresse à son collègue en tamoul, l’autre hausse les épaules et va chercher le chef. Le gérant revient. Il me regarde d’un drôle d’air. Oui il y a une pharmacie dans le coin mais elle est pas ouverte à cette heure là, mais ce n’est pas ma question je sais bien qu’elle n’est pas ouverte, c’est pour tout à l’heure, quand je reviendrai de mon animation, je veux juste savoir où elle est , pas y aller maintenant ; décidément la communication est difficile.

Je lui demande aussi s’il a des sacs en plastique, pour mettre mes affaires,  il me dit non on n’a rien ici, et les magasins en donnent de moins en moins ; je fais quoi moi alors il n’est pas aidant « c’est votre problème » la moutarde me monte au nez ça va devenir le sien si je me mets à gueuler, la journée n’est pas commencée et je suis déjà crevée.

L’employé tamoul me regarde et part soudain, il revient avec un grand sac en papier kraft que les boulangers vous donnent quand vous achetez beaucoup de baguettes.

Le gérant se marre, je remercie chaleureusement.

15mn plus tard, l’air du plus grand bonheur, j’accueille mes quinze stagiaires. C’est sûr je vais avoir des choses à leur raconter.

Zou

 


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commentaires

Jean de la Lune 28/10/2011 11:58


J'ai bien aimé cet humour grinçant comme le lit dans la chambre du voisin d'à coté.


Magdeleine 28/10/2011 13:29



L'humour est un ressort précieux et plume de rue se réjouit d'accueillir ceux qui le manient avec autant de talent. Merci !