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Regards sur la culture, images des rues, mots venus par inspiration

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10 novembre 2011 4 10 /11 /novembre /2011 15:40

bandeauzou

 

Ourcq

Je cours, le ciel est gris.

Je suis partie de la Villette, Fontaine aux Lions, l’eau sort des gueules vert sombre raccord avec la margelle dorée, les pavés bien nets,  le ciel qui se plombe.

Je contourne la fontaine et prends une allée bordée de platanes ; à ma droite, sur un terrain à l’herbe très verte, des joueurs de foot en maillot rouge s’entraînent. Je vais sur la pelouse et dans ce vert quasi fluo un radis rose se détache, orphelin d’un pique nique.

Je cours. J’oblique vers le bord du canal. L’eau est à ras, plate et grise, tellement plate qu’elle en devient insondable.

Je passe devant la Géode, où se reflètent les nuages qui forcissent et s’assombrissent, boussole du temps et de sa beauté perpétuelle, et de l’humeur du parc. J’y vois à présent une petite pluie qui brumise et rafraîchit.

Au long du canal commence un autre climat, une carcasse d’usine avec une banque dedans. A première vue je suis séduite, du verre, de l’acier, de la modernité dans des formes anciennes. Mais tout cela est net et sans bavures, le vide m’étreint de tant de lignes sans équivoque, sans mystère et sans mémoire malgré les restes. Ca tourne à vide et c’est désincarné. Un pur décor, à peine mieux que ces panneaux trompe l’œil que l’on met devant des bâtiments chics en travaux. Une haute grille court tout du long, rompue au milieu par un tourniquet de deux ou trois mètres de haut. Inaccessible.

De l’autre côté, j’avance et  slalome entre des parterres de fleurs rouge orangé, les pavés sont jointoyés un peu large, mon pied se fait moins sûr ; sur les côtés de petits immeubles soignés. Au loin, au-delà des prochains ponts, j’entrevois une certaine nudité et la promesse d’un autre univers.

Il s’est mis à pleuvoir franchement. Je rabats ma capuche sur ma tête. Je sens le frais des gouttes sur mes mains et mon visage ; j’en attrape quelques unes avec ma langue et les écrase sur mon palais. C’est délicieux. Ma sueur se condense dans mon KWay, j’ai chaud. Le canal semble s’élargir, s’ensauvager et redevenir une voie d’eau.

Le paysage est aride, aux deux bords,  de la friche, en face de moi des grues, un entrepôt. Je suis au milieu du monde,  entre ciel et terre, entre deux eaux, je reçois tout et je donne tout : je cours sans effort, tête nue maintenant, les jambes souples, une foulée ample.

Des blocs de béton sont en travers du chemin.  Ici c’est une frontière : il faut vouloir aller de l’autre côté. Devant moi un grand bâtiment désaffecté, vitres brisées, il fait très noir à l’intérieur.

 Je manque shooter dans une assiette en plastique couverte d’une saucisse crue enroulée qui me donne faim. Elle ne sent rien, l’odeur de la pluie emporte tout.

Il y a des morceaux de ferraille devant le bâtiment, je cherche du linge, des matelas, une trace de vie, je ne sais pas, le bâtiment ne se livre pas comme ça. Un mur magnifiquement tagué le sépare d’immeubles de bureaux, boîtes de verres superposées, eux-mêmes donnant sur des habitations.

Je reprends ma course. Le pavé est remplacé peu à peu par de la terre et des gravillons. Ca fait du bien à mes pieds et à mes genoux.

Je tombe sur un espace de hautes broussailles, aux bords jonchés de détritus.

A peu près une trentaine de tentes igloos bleues y sont dispersées. Quelques abris, faits de plaques de bois et de tôle ondulée, se fondant dans le jaune et vert de la végétation. Du linge sèche sur des cordes. Près d’un arbrisseau, un homme est assis, immobile, sur une chaise de jardin.

Que faire ? dire que c’est indigne, militer et reloger, dire que c’est hideux, démanteler et reloger, dire que c’est triste, compatir et reloger ? Dire qu’il faut laisser faire, que les gens ont cet espace ?  Je n’ai pas rencontré ceux qui vivent là, je ne sais pas ce qu’ils pensent ce qu’ils ressentent et ce qu’ils veulent,  ce qu’ils demandent et ce qu’ils disent de leur vie. Si je dis qu’ils sont à dix minutes d’une banque de verre, je dénoncerais, tout ce que je peux dire c’est qu’ils sont loin, loin du regard habituel et du familier.

Zou

 


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