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Regards sur la culture, images des rues, mots venus par inspiration

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29 septembre 2011 4 29 /09 /septembre /2011 11:02

hippo1.JPG

Dieu créait le monde.

Il avait créé le ciel et la terre, le soir et le matin, séparé les eaux du haut d’avec les eaux d’en bas. Il avait fait apparaître les continents et les avait couverts d’herbes et d’arbres.

Il venait de créer un grand luminaire pour éclairer le jour, un petit pour présider à la nuit, et les étoiles.

C’était le matin du cinquième jour.

Dieu se gratta la barbe, reprit son Souffle, et décida de peupler les eaux des mers.

Il créa des poissons, de toutes tailles, à écailles et d’un seul tenant, gris ou bleus ou gris-bleu, argentés ou mats, à nageoires lisses  ou dentelées, à barbiche ou à bords francs, tachetés ou uniformes.

Il les mit dans les courants des mers du Nord. Ils filèrent comme des lames dans les eaux, et Dieu vit que cela était bon.

Le fond des mers lui parut vide alors et délaissé, et il fit émerger des sables des poissons plats pour le couvrir.

Les mers du Nord étant peuplées, il s’accorda une pause. Il tourna sa Face vers les rayons du soleil et il eut envie de couleurs. Il souffla et forma des poissons arc en ciel et des transparents à tripes roses apparentes, des à nageoires de tulle ou liées de peaux, des longs et des courts, des piquants, des gonflés, des poissons cailloux, des poissons lune et des poissons danseurs.

Il les mit dans les lagons des mers du Sud. Ils ondoyèrent comme des flammes dans les eaux, et Dieu vit que cela était bon.

Au soir, Dieu prit du recul, et regarda son œuvre : malgré une diversité apparente, tout était finalement pareil : des yeux très ronds, un corps effilé ou vibratile pour se mouvoir dans l’eau, et des nageoires… Dieu était déçu.

Il créa alors d’autres bêtes, plus grosses, ou plus petites, avec des poils, ou des tétons, à jets d’eau, à fanons, des siffleuses et des chanteuses, des bêlantes et des grognantes, mais finalement il n’arriva pas à sortir des formes habituelles.

On était à la fin du jour, il alla se coucher. La nuit porta conseil.

Au matin du sixième jour, il se détendit et se laissa distraire en peuplant la terre de bêtes sauvages. Il avait appris, et  créa des êtres incomparablement différents. A plumes et à carapaces, à sabots et à ongles, à une patte, à deux pattes, à mille pattes. Des courts, des longs, des étroits, des sphériques et des grêles, des musculeux, des rondouillards et des faux maigres. Des rampants et des volants, des galopants, des traînants, des plan plans et des nerveux, des craquetant caquetant et miaulant, des hurleurs et des barrissant. Des puants et des musqués, des à senteurs de fruits et même des empyreumatiques…

Au midi, il regarda les mers, il regarda les terres, et trouva qu’il y avait une différence de qualité préjudiciable à l’œuvre entière.

Malheureusement, il ne pouvait plus rien mettre dans les mers.

Il fit tourner tout le globe, et vit que les fleuves n’étaient pas peuplés.

Fermant son Œil, il pointa son Index au hasard, et celui-ci tomba sur l’Okavango.

Il s’installa près d’un arbre à lianes, et laissa planer son esprit en sirotant un double whisky mélangé à l’eau du fleuve.

Une heure divine passa, entre veille et sommeil. Dieu sortit de ce bienheureux état avec une inspiration qu’il modela immédiatement dans la terre.

Un parallélépipède pour la tête, un parallélépipède pour le corps, quatre pattes courtes formant piliers, puis il donna du volume, du rond partout.

Il munit les narines de petits muscles leur permettant de se fermer sous l’eau. Il donna aussi à la peau la faculté de sécréter son propre écran solaire, et il plaça les gonades de la bête  à l’intérieur de son corps, pour garder l’hydrodynamisme d’ensemble.

Dieu fut très satisfait d’avoir pensé à ces détails.

L’ensemble était, néanmoins, très très gros.

Dieu s’aperçut qu’il lui restait très peu de terre pour terminer.

Manquaient la queue, les yeux, et les oreilles.

Dieu fit alors à l’économie : queue très courte et sans poils, deux petites boules pour les yeux, et deux oreilles à pavillons ronds et courts, avec un conduit pour rentrer dans la tête.

Il fixa ces dernières parties sur le haut de la tête, et il donna un nom à la bête pour lui donner vie. Comme le whisky faisait encore effet, il l’appela hippopotame, car il voulait marquer le fait d’avoir créé une créature amphibie de fleuve et un quadrupède capable de pédaler.

hippo3.JPG  hippo4.JPG

Il mit l’hippo à l’eau. Celui-ci nagea aussitôt en agitant ses pattes, ce qui mit Dieu en joie.

Malheureusement, au bout de quelques minutes, l’hippo sortit de l’eau  et s’ébroua, secouant la tête de tous côtés. Ce faisant, déséquilibré, il manqua se casser la figure.

Dieu se tourna alors vers sa créature et lui demanda ce qui n’allait pas.

L’hippo lui dit alors respectueusement qu’il était très satisfait de son corps rond et pneumatique, de sa peau glabre lui permettant de glisser dans l’eau, de ses pattes courtes et pagayantes, de sa très grosse tête, mais pas du tout de ses oreilles, trop petites et trop courtes pour chasser l’eau qui s’installait dans les pavillons, et finissait par faire un floc désagréable dans son crâne.

Il se compara à frère éléphant et se plaignit modestement.

Dieu réfléchit.

Il étendit la Main sur les oreilles de l’hippopotame. Les conduits auditifs reçurent un petit clapet permettant de les fermer en plongée, et les pavillons se mirent à remuer d’avant en arrière pour évacuer l’eau restante.

Dieu lui demanda d’essayer le fonctionnement par lui-même. L’hippo plongea, ressortit juste la tête et fit vibrer ses oreilles.

L’hippo ouvrit sa gueule en signe de reconnaissance et de plaisir. Sa tête était libérée de l’eau.

Dieu vit que cela était bon.

Et ce fut la fin du sixième jour.

hippo2-copie-1.JPGTexte de Geneviève E.

 


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Published by Plume invitée - dans août in Africa
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commentaires

Bérénice 24/10/2011 15:31


ça se lit comme un conte et on a la joie de beaux mots rares ... mais j'ai mal lu où Dieu n'a pas créé les oiseaux qui pourtant s'en vont reposer sur le dos des hippo ?


Jean de la lune 01/10/2011 09:04


Bien que libre penseur, voire mécréant, ce beau texte et les photos me donnent quelques sentiments bibliques. JdL


Magdeleine 11/10/2011 10:32



Touché par la grâce de l'hippo ?



E. 29/09/2011 21:38


extraordinaire. merci de cette genèse personnalisée.


Magdeleine 30/09/2011 10:42



L'auteure appréciera sans nul doute ce compliment  !



Nadège 29/09/2011 12:36


Une bien jolie histoire que l'on imagine contée au bord de l'Okavango sous le soleil couchant...


Magdeleine 30/09/2011 10:40



Je crois d'ailleurs que c'est là qu'elle a été écrite ... Merci !