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Regards sur la culture, images des rues, mots venus par inspiration

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14 mars 2012 3 14 /03 /mars /2012 14:18

arcade

 

 

Salut vieux baron

J’ai croisé Gabriel qui m’a dit qu’tu t’inquiétais de savoir c’quétait dev’nu ton ancien quartier et qu’on pouvait t’écrire. Moi j’voudrais juste te raconter un truc qui m’est arrivé aujourd’hui et te d’mander un p’tit service. J’roupillais. Tranquille. J’avais un rêve en quelque sorte. J’étais sur le dos et j’les entendais à côté de moi. Ceux qui marchent vite. Ceux qui foncent au feu. Ceux qui déambulent le nez en l’air. Y z’habitent pas l’quartier. Y l’fréquentent. La journée pour leur turbin. Le soir pour leur plaisir. Parce qu’entre parenthèse, vieux baron, si tu regardes les stats tu constateras que dans le huitième arrondissement, cui qui tourne autour de ton boul’vard, y’a vachement moins d’habitants que dans ton temps. Tes beaux immeubles avec des balcons aux premiers et aux cinquièmes étages, leurs pignons, leurs cheminées et leurs moulures, y servent aux bureaux. Ça des banques, des boites à former, des avocats, des experts à compter, des jus de crâneurs en tous genres qui roulent en Mercédès ou en Velsatis, y’en a un max. Et tes grandes artères, tes grands boulevards, y servent à les faire circuler, toujours plus à l’Ouest. A ton époque, y’avait plus d’trente mille crêcheurs dans l’quartier d’la Madeleine. Aujourd’hui, on est à peine 6 000. Enfin, moi y m’ont sûrement pas compté d’ailleurs. Ni l’gars qu’est à l’angle Rome – boulevard toi et qu’a les pieds si gonflés qu’y peut même plus se lever, ni le type qu’est là sur un carton et que le matin rue de l’Arcade, ni la dame en bas de l’escalier du métro ligne 14 rue Tronchet, qui tend la main aux heures de pointe. Mais bon, passons, j’me disperse. J’dormais comme j’disais. A ma place, sur la bouche d’aération qu’est à l’angle de la rue de l’Arcade et du boulevard toi. Et quand j'me suis réveillé, y’avait pas un kopeck dans ma coupelle à ramasser les oboles, comme d’hab. Les écriteaux ça sert à rien. T’as beau dire que tu crèves la dalle, tout l’monde s’en fout. Y’avait pas un centime sonnant et trébuchant mais y’avait un sac en plastique comme y donnent chez Monop. J’ai ouvert et à l’intérieur y’avait des restes. Du pâté, des trucs à tartiner, du pain et des mini tomates. C’était sympa. J'ai tout mangé. Mais c’est là qu’est ma requête mon baron. Si tu croises Gabriel est-ce que tu pourrais lui dire qu’il aille suggérer à mon mystérieux bienfaiteur quel qu’il soit que la prochaine fois y n’oublie pas l’coup d’rouge !

Salut baron et porte toi bien !

Julot

 

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Published by Magdeleine - dans huitième' lettres
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commentaires

jean de la Lune 20/03/2012 16:59

Beau texte... On s'y croirait, tristement. La prochaine fois j'apporte une bouteille à Julot.

Magdeleine 27/03/2012 09:38



Je suis sure que Julot sera bien content. Merci pour lui et pour l'auteur qui boirait bien un coup aussi.