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Le propos

Regards sur la culture, images des rues, mots venus par inspiration

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11 décembre 2011 7 11 /12 /décembre /2011 18:17

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9h. Derrière la barrière, la réserve. On y pénètre après vérification sanitaire, abandon des produits à base de viande, pour ménager l’écosystème et en 4X4, par un chemin de sable.

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9h20. Un entrelacs de branches sert de grille au magasin de souvenirs et de présentoir à colliers et bracelets, arcs et flèches, entièrement manuellement confectionnés, faits d’œufs d’autruches colorés, de bois et de végétaux tissés.

 

9h25. Ruée sur les babioles, qui pour sa grand-tante, qui pour ses nombreux filleuls ou juste pour soi. L’autruche, c’est rare par chez nous.

 

9h30. Arrivée progressive, de ceux qui habitent là. Silencieux, gracieux, seins pendants disproportionnés, fesses rebondies, musclées, corps tannés sans graisse, pieds nus renforcés, l'essentiel de l'anatomie dissimulé par des peaux de bêtes, cheveux boucles serrées, teintés de blanc quand l’âge augmente et que les dents s’absentent.

Nomades devenus sédentaires, chassés, martyrisés, violés, préservés. Venus défendre leurs traditions, ayant choisi de les exhiber. 

 

9h45. Paiement et addition des étiquettes sur GSM Nokia hors d’âge, écriture comptable simultanée.

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10h. Début de la visite guidée.

 

Un jeune chasseur, droit comme un i traduit de San en anglais les propos de l’homme médecine. Regards vérificateurs auprès du professeur. Connivence et pertinence de l’explication.

 

Dans le langage, des sons, claquements de langues, sifflements, pincements intérieur joue s’ajoutent à l’alphabet. Des clics, cinq différents comme des notes supplémentaires intégrés à la musique d’une langue presque disparue.

 

Engagement du corps total pour démonstration des vertus médicinales des plantes du bush, des maladies couvertes, des posologies, des effets indésirables éventuels.

Ces trésors, pour les distinguer dans le bush nécessite un œil expert et oblige à creuser profond parfois.

 

Environnement d’apparence hostile, piquants apparents, défenses naturelles ostentatoires, apprivoisé, utilisé, civilisé.

 

Enfant s’agrippe, aux jambes de celui qui utilise ombre plutôt que boussole et déterre pommes de terre de bush enfouies, magicien.

Mousses absentes, soleil brûlant. Gamin muet, yeux tristes, grands ouverts sur le monde blanc visitant d’une demi-journée.

 


12h30. Retour au village.


Un arc de cercle féminin enfile des perlesbébés accrochés, à l’intérieur ou à l’extérieur.

Ombre d’acacias dénudés, espacés.

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13h. Démonstration de danse. Mains frappées, pieds batteurs de mesure, mouvements saccadés, tremblements, transe, sourires à peine dessinés.

 

Impression de simulation.

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13h25. Programme achevé. Les 4x4 chargés de touristes sortent de la réserve.

 

Au village San, les produits de la cueillette sont mis de côté et une carcasse de girafe est apportée par ceux dont le rôle est d’assurer la protection de la continuité.

 

 

14h. Le reste de la tribu loge au bout de la piste de sable, là où les cars peuvent se garer, juste devant la barrière d’interdictions visant à préserver le microcosme, l’Eco(nomic)system.

Le bar tient lieu de point central. Il fut un temps où ils ignoraient l’existence de l’alcool.

Détritus et misère, le lieu respire le désœuvrement. Les enfants errent sans leurs parents, habillés de vêtements de récup dépareillés et bariolés. Ce sont ceux qui restent. Mais les traditions tendent à s’éteindre, le savoir faire des bochimans se perd. Beaucoup partent, pour toujours, un peu plus au nord, là où il y a de l’eau.

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17h. Le bus à touristes roule en territoire San, là où sont ceux qui sont partis, sédentarisés.

Le long de la route, habitations en terre séchée, toits de chaume.

Ici pas de barrières de surveillance, de zone protégée ou de gardiennage 24/24.

Le ciel n’a pas un nuage, le soleil se réverbère sur la tôle ondulée.

L’eau de l’Okavango se transporte sur la tête des femmes, sur le bord des routes, les hommes attendent, paisibles, sans signe d’agacement extérieur, enfants bras ballants, visages fermés. Habits bariolés, animaux parqués ou en semi liberté, sacs en plastique volants, tâches ménagères à plein temps, désœuvrement, détritus et misère.

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Les touristes blancs ne s’arrêtent pas.

 

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Published by Magdeleine - dans août in Africa
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commentaires

Bérénice 13/12/2011 08:47

Pas facile de faire partager l'ambivalence du sentiment touristique ... voila qui est fait, entre mots secs et images lumineuses.

Magdeleine 13/12/2011 19:45



Merci. Il suffit souvent de prendre ce qu'on a sous les yeux et d'ouvrir ses oreilles ;-)



Nadège 12/12/2011 12:04

Splendeurs et horreurs des voyages organisés, en tous cas un beau témoignage.

Magdeleine 13/12/2011 19:43



Merci. Au-delà du voyage organisé, la misère. Avec ou san(s) mise en scène.



jean de la Lune 11/12/2011 18:29

Beau texte et très belles photos. On s'y croirait....

Magdeleine 12/12/2011 08:26



Merci. Au moins là-bas, ce sont des Sans abrités.