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Le propos

Regards sur la culture, images des rues, mots venus par inspiration

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Il ne lit que des romans policiers, plutôt tendance roman de gare.

7h47. Sevran-Beaudottes direction gare du nord. Sur l’écran le RER est annoncé à 7h54.

Il attaque le dernier chapitre, celui du dénouement. A Aulnay sous Bois, il n’aura plus rien à lire. C’est idiot de ne pas en avoir pris un autre.

Une légère vapeur d’eau s’échappe de sa bouche. Le banc est froid. Bientôt il faudra ressortir les gants.

7h49. Le héros de son livre va s’en sortir. Encore une enquête menée avec brio.

Le quai s’est rempli. De la vapeur d’eau s’échappe toujours de sa bouche mais le banc s’est réchauffé.

Le trajet jusqu’à la gare du Nord sera long. Si au moins ils distribuaient ces quotidiens gratuits. Mais pas à Sevran-Beaudottes. D’ailleurs, il n’y a rien à Sevran-Beaudottes, pas même un point presse. Juste un RER tous les quarts d’heure, aux heures de pointe. Dans l’autre sens, à quelques stations, il y a Roissy, l’aéroport.

Il n’y est jamais allé.

Dans le RER du matin, ils sont faciles à repérer ceux qui sortent de l’avion. Des hommes d’affaires pressés, des touristes curieux, des vacanciers fatigués.

7h55. Sur l’écran, le RER n’est plus affiché.

Une voix s’élève : « suite à un incident voyageur, le trafic est perturbé sur la ligne B du RER ».

Sur le quai, l’impatience se mêle à l’énervement. Juste le jour où il n’a plus rien à lire.

Il commence à pleuvoir.

Il fait froid, il pleut, il n’a plus rien à lire et le trafic est perturbé.

8h03. Il ne sera pas à l’heure au bureau.

Le quai est noir de monde. Les nouveaux arrivants passent de la surprise à l’exaspération.

La pluie tombe de plus en pus fort mais c’est la colère qui inonde le quai. Un mouvement s’amorce vers la sortie. Certains bousculent, beaucoup râlent. Il reste sur son banc. Ses yeux se plissent, un rictus apparaît, se transforme en sourire avant d’éclater en un rire sonore. Les hommes d’affaires, les touristes, les vacanciers doivent être coincés à Roissy.

8h07. A nouveau la voix s’élève : « un train à destination de Roissy aéroport Charles de Gaulle va entrer en gare. Eloignez-vous de la bordure du quai ».

Et si ?…

Se lever, traverser, changer de quai, partir …

8h10. Le train pour Roissy entre en gare.

Mais avec tous ces accidents d’avion, les attentats, la grippe aviaire, le terrorisme, les inondations, les tremblements de terre, les cyclones, les catastrophes naturelles en tout genre …

Il y a aussi la pauvreté, la misère, les épidémies, les dictatures, les soulèvements, les guerres, les maladies …

Il ne connaîtrait personne, son estomac est fragile, et puis, à chaque fois qu’il rentre de vacances, il se passe quelque chose : l’été dernier un dégât des eaux, la fois d’avant des cafards avaient envahi sa cuisine.

Dans la vraie vie, il ne suffit pas que l’auteur le décide pour que l’histoire finisse bien.

8h17. Sur la voie opposée, le RER en direction de Roissy est toujours stationné.

La sonnerie de fermeture automatique des portes retentit.

Une éternité.

Les portes se ferment.

Le train s’éloigne.

Des yeux il le suit. Un autre train arrive ; vers Paris cette fois-ci.

Il ne faudra pas qu’il oublie d’aller acheter un autre livre en arrivant gare du Nord.

 

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