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Le propos

Regards sur la culture, images des rues, mots venus par inspiration

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12 juillet 2012 4 12 /07 /juillet /2012 17:43

f(ENA) + g(Y) = ???

 

Ministère X , dernière réunion de calage d’un séminaire stratégique de 100 personnes. Grande table ovale. D’un côté, le sous directeur, 35 ans, visage poupin surmontant une cravate sobre, son adjoint, une chargée de mission. De l’autre, le consultant (moi).

17h : le sous directeur lance la réunion «  le Secrétaire Général va introduire la journée, il faut absolument caler les éléments de langage ». La chargée de mission lit.

Le sous directeur biffe, maugrée contre les fautes de français et d’étiquette. « il faut citer M.Duchmule… le secrétaire général y tient…ne dites pas fusion mais rapprochement… on ne sait pas encore quelle est la position du nouveau gouvernement sur les questions d’efficience… parlez d’efficacité…. »

18h : le portable du sous directeur sonne

« … la nounou a dû partir ? …. Et ta mère ne peut pas venir ?... »

« …. »

« elle nous fait le coup à chaque fois… elle n’est qu’à deux pas… »

« … tu ne peux pas la sortir de sa séance de bridge ? »

« Bon, bon je clos la réunion et j’arrive… »

18h15 : le sous directeur remet sa veste, se tourne

1.       Vers le chargé de mission : « vous me récrivez tout ça pour demain matin 8h »

2.       Vers son adjoint : «je vous laisse finaliser les détails »

3.       Vers le consultant (moi) : « la réussite de ce séminaire dépend de vous

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23 mai 2012 3 23 /05 /mai /2012 08:39

marseille

 

Il fait grand soleil, et pourtant les rues sont désertes. C’est bizarre, je croyais que les gens de ce pays vivaient dehors.

Je sors en tee shirt et en sandales, il a fait si chaud hier, et la première sensation c’est du froid, en même temps pas du vrai froid parce que la chaleur n’est pas loin, en dessus ou en dessous. Pourtant mes orteils sont tous blancs et j’ai la chair de poule sous mon jean qu’importe le ciel est bleu le soleil jaune ça ne devrait pas durer.

 Je suis à découvert maintenant un vent souffle fort des sacs en plastique des mégots des emballages en carton volent ça disperse ça ventile ça tourbillonne et c’est là qu’on s’aperçoit à quel point la ville est sale. Le linge aux fenêtres s’enroule autour des cordes et les drapeaux autour de leurs hampes, les parasols tournent d’un côté de l’autre autour de leur pied, les devantures sont fermées les places vides l’ombre ennemie.

C’est le temps du mistral.

 

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11 avril 2012 3 11 /04 /avril /2012 09:54

Madame Bovary, c’est moi

 

Oral du Bac français, a long long time ago.

Je tire au sort un passage de Madame Bovary, où elle avoue au prêtre dans l’alcôve du confessionnal son amour coupable pour Rodolphe.

C’est l’un des passages les plus sensuels et charnels du roman.

Je me lance dans la préparation, oubliant le temps, perdue dans la musique de ces préliminaires.

Je me retrouve face à l’examinatrice : cheveu court et légèrement gras, jupe vert bouteille et cardigan boutonné au cou. Droite.

Mes envolées, mes mots, mon élan se trouvent renvoyés au fond de mon ventre. J’articule un discours plat d’un ton plat, en spirale, tournant autour de la scène dont je n’ose plus parler.

Et alors ? m’interroge-t-elle à plusieurs reprises, et alors ? je continue à tourner

Soudain, comme n’y tenant plus, elle se recule sur sa chaise, tape la paume de sa main sur le table.

« Mais c’est érotique ce passage, bon sang dites-le ! »

 

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22 mars 2012 4 22 /03 /mars /2012 10:52

Transfert

 

Nous avions passé la journée à aider des amis à déménager. Le soir venu, dans un quartier encore désert, nous avons investi un petit restaurant tenu par des portugais.

Longues tables en rangées familiales, nappes rouges à volutes protégées par du plastique. Sur le mur du fond un châle à franges, de grosses roses en papier crépon et une guitare ; en face un écran géant, diffusant un match de foot sur une chaîne portugaise.

Nous commandons du chorizo, des beignets et des plats de morue. Une famille derrière nous dévore de gigantesques morceaux de bœuf grillé, les enfants vont et viennent, les hommes jettent un œil de temps à autre sur la match… une jeune serveuse circule avec les plats ; une femme en noir traverse la salle… la cuisinière ?

La salle se vide, la fin du service approche. La femme en noir apporte sur la table derrière nous deux assiettes de steak frites.

Un vieux monsieur s’y installe. Il a du mal à se mouvoir. Sort de la cuisine un jeune homme, portant le maillot de Benfica. Il s’assure que le vieux monsieur est bien assis, rajuste délicatement le coussin sous ses fesses. D’un geste tendre et un peu distant aussi, il lui noue la serviette autour du cou, rapproche les couverts de l’assiette. Il s’assied en face. Avec la calme autorité du chef, il coupe la viande de son compère.

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7 mars 2012 3 07 /03 /mars /2012 09:30

Fin de clap

 

Le public de musique classique est réputé pour son intransigeance et ses rites…

Respecter un silence profond, esquisser des mimiques entendues à l’entrée de passages clés connus des seuls mélomanes, et surtout, surtout, ne pas applaudir à la fin d’un « morceau de bravoure » ou d’un acte.

J’ai vu plus d’une fois un malheureux, pris par l’enthousiasme, s’élancer – on le sent prêt à une frénésie de claquements et de sifflements – et au premier clap, se ratatiner dans son siège, fusillé du regard et quasi en état de mort sociale.

Ils exagèrent, me disais-je, quel snobisme !

Jusqu’au jour où, Salle Pleyel, écoutant un concerto de violon de Mozart, à un moment où l’instrument doit faire entendre une ligne à peine tenue, frémissante, avant de remonter en un chant glorieux, une grande majorité du public, croyant à une fin perlée, se mit à applaudir…

 Je regardai alors l’interprète, suspendue dans son geste, le visage décomposé… combien d’heures passées  pour trouver ce fil ténu ?

Depuis je suis rentrée dans le camp des garde silence…

 

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22 février 2012 3 22 /02 /février /2012 20:21

 

Photo shop

« J’ai un service à te demander, j’aimerais que tu me prennes en photo… »

Christelle arrive pour le thé sortant juste de chez le coiffeur, avec un joli haut dans les bruns qui rehausse ses yeux noisette, et maquillée. Il y a du Meetic dans l’air… et un enjeu de taille. Je ne sais pas bien comment faire, je déteste moi-même être prise en photo.

Je la fais poser dos à la fenêtre, en arrière plan un grand pan de ciel et le Sacré Cœur. On regarde… contre jour, de la raideur dans le corps qui remonte à son visage, « c’est pas vraiment moi ». Elle fait une petite grimace.

On change : elle se place sous un de mes tableaux, une nature morte aux oranges et citrons. Je recommence. On ne voit que le décor, elle en devient l’accessoire.

Dos au mur blanc, alors… là c’est trop nu et le contraste est violent. Elle arbore toujours une expression un peu figée, elle ne se reconnaît pas et moi non plus. Mais c’est quoi être moi ?

On se dit qu’il faut quelque chose de plus souple : assise sur un fauteuil, ou alors appuyée contre lui, histoire de se détendre ? Je shoote, je shoote ; entre deux essais elle boit son thé fumant. La série la montre les joues de plus en plus rouges, et le visage se couvrant d’un film de transpiration.

« Là c’est pas possible, j’ai l’air d’une poivrote ».

Je pose l’appareil, découragée. On finit le thé, on papote.

Enfin, elle parle et je l’écoute. Elle s’anime, rit, s’indigne. Je prends l’appareil photo

Le cliché est totalement elle.

 

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8 février 2012 3 08 /02 /février /2012 10:28

Haute voix

 

Il y a beaucoup de personnes qui parlent toutes seules dans le métro. Qui interpellent, chantonnent, crient, vitupèrent, invectivent, s’adressent à d’invisibles créatures .Au pied de l’escalator qui emmène de gare du Nord au RER B, un prêcheur en chemise blanche et pantalon noir appelle une foule absente à résipiscence.

J’évite son regard, je glisse et me fonds dans le flot. J’ai en effet des souvenirs inconfortables de harangues et de monologues où je suis juste un miroir, et même d’une femme au visage rouge et gonflé et aux yeux bleus fixes qui me serre les mains et me répète en rafale une unique question sans pouvoir entendre la réponse « est ce que je suis malade, dites est ce que je suis malade ? ».

Bref, ça tombe souvent sur moi.

Hier, sortant épuisée d’une longue journée, je m’affale sur un strapontin. Un jeune homme boutonneux s’installe à côté de moi et commence à parler à haute voix. Et merde… je m’agite, je me dis que je vais changer de rame à la prochaine station, quand je repère dans sa main droite un Folio Théâtre. Britannicus.

Je soupire d’aise. Il est Néron.

 

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25 janvier 2012 3 25 /01 /janvier /2012 17:33

En friche 

Berlin. Le tracé du mur avait laissé des étendues vides, un tissu urbain dévasté, des lieux de sinistre mémoire. En ont émergé la coupole de verre du Reichstag, dans la Postdamer Platz le champ de stèles du mémorial de la Shoah et les couleurs du Sony Center, le long de la Spree des créations de métal, de béton et de verre jouant avec l’eau.

Detroit. Au coeur du désastre des maisons saisies faute de paiement, des alignements d’officines de prêts sur gages, du Renaissance Center mort né, des carcasses de la nécropole automobile poussent des jardins potagers communautaires et se retissent des liens.

Des herbes folles et des graines de salades, des grues, des tas de sable ou de pierres, du désordre. Des formes nouvelles sortant de pierres anciennes ou issues du lieu même.

Ca se cherche, ça se percute, ça se combine, passé présent futur.

C’est dans les friches que le passage se fait, où le neuf et la suite adviennent. Lieux sans nom, sans définition, d’erreurs essais, où l’imaginaire peut se déployer.

Où se décide sans décision ce qu’on laisse derrière, non pas en détruisant, mais en laissant s’abandonner; ce que l’on emporte avec soi, non pas conservé, mais transformé et recréé ; ce que l’on construit et ce que l’on rêve.

Où la vie peut inventer enfin de nouvelles formes.

  divers05

 

 

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11 janvier 2012 3 11 /01 /janvier /2012 08:59

 

Spécial lombaires

 

Un après midi aux thermes.

Après l’enveloppement d’algues qui m’a bercée de chaleur et de musique, après le bain bouillonnant aux couleurs changeantes, je retrouve la lumière crue de la piscine où a lieu le soin collectif « spécial lombaires ».

Un employé sans âge nous invite à nous placer chacun dans une espèce de stalle, mains sur une barre en inox et dos à un jet.

Il est en bermuda, chemise longue et claquettes, mais dégage une impression d’ordre et de netteté. Rien ne dépasse. Il explique le premier exercice en regardant au loin, les gestes posés et la voix précise.

J’exécute docilement tous les mouvements, en laissant mon esprit vagabonder.

Il se promène à pas comptés en répétant ses instructions, s’arrête, jette un coup d’œil à l’horloge. Deuxième exercice. Flexion latérale. Il fait une démonstration, puis réajuste sa chemise, le col, les pans. Reprend sa marche.

Je l’imagine fils à maman, dans un deux pièces d’une propreté clinique, ou alors serial killer, tellement anodin qu’il en est devenu indémasquable, marcheur mystique ou Casanova écumant le soir venu les bars et les boîtes de nuit.

Et j’enchaîne, sans y être vraiment, me laissant hypnotiser par son pas, sa voix et ses yeux fixes… face au jet, dos au jet, de côté, descendre et monter, lever et baisser…

Plus tard je remarquerai dans le vestiaire que mes omoplates sont toutes rouges, et mes lombaires intouchées.

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22 décembre 2011 4 22 /12 /décembre /2011 11:17

bandeauzou

 

Question de choix

Me voilà comme tous les ans en expédition dans les Grands Magasins, à la recherche DU cadeau qui fera enfin tilt, top et wouaou pour ma plus veille amie

Très vite l’abondance me tétanise, la chaleur m’incommode, et tous les objets se valent. Pourquoi pas un livre de cuisine africaine, un jeté de canapé froufroutant, une paire de boucles d’oreilles, un T shirt bariolé, une affiche, du vin ou de l’huile d’olive en douze parfums, une bougie magique, une bouilloire technologique ? et pourquoi ?  Trop ou pas assez pratique, original à en être banal…un « bon pour… » ci, un kit de ça, la possibilité d’autre chose ? Je décroche je m’embrouille et reviens bredouille. J’ai mal aux jambes et mal au cœur, et comme tous les ans je maudis Noel.

 

Déserter magasins et catalogues, aller chercher l’inspiration ailleurs, regarder l’autre… Observer. Tiens, elle a fait une remarque sur ma veste fétiche, elle parle d’un auteur qu’elle a découvert et qui l’emballe, elle se lèche les babines devant un menu de restaurant et même ne dit rien vouloir que le vent. Ecouter et sentir là où le regard pétille l’œil frise la parole s’emballe et le pas s’accélère.

Se remettre à être attentif, approcher ses rêves, ses envies, et même saisir un ténu caprice.

Et repartir à l’aventure avec ce vademecum dans le cœur.

 

 

Zou

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