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Le propos

Regards sur la culture, images des rues, mots venus par inspiration

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18 juillet 2012 3 18 /07 /juillet /2012 17:50

 

Mon cher baron,

 

Alors qu'il avait disparu, le soleil est revenu. Et avec lui, le défilé des touristes affairés à visiter et la valse des travailleurs pressés de déjeuner dans les parcs et jardins, sur des bouts de bancs partagés, des pelouses séchées, des chaises déplacées, d'ombre en soleil selon l'humeur.

 

J'habite de l'autre côté de la rue de Rivoli et le saviez-vous, bien avant vous j'hébergeais des fabriquants de tuiles mais aujourd'hui, ce sont les huiles qui me fréquentent et c'est trouver un siège un jour comme aujourd'hui qui est une tuile.

 

Quand les extérieurs se remplissent des intérieurs vidés, les musées sont désertés. Or j'en abrite deux construits en votre temps : une orangerie et un jeu de paume, un temple de la photographie.

C'est pour ce dernier que je vous écris car sa présence m'enorgueillit.

Alors, si vous croisez messieurs Nadar, Kertész, Ronis, Atget ou mesdames Abbott, Besnyö, Arbus, Cahun dites leur que d'eux je me languis et que tant que le temps le permets, j'invite tous leurs amis à venir prendre des clichés de mes parterres et perspectives, des statues et des hommes nus qui hantent mes allées, des joueurs de cornemuse ou des dormeurs, des thésaurisateurs et autres rétenteurs à la manière de Martin Parr, de Chris Killip, de Raymond Depardon ou de Robert Franck.

 

Bien à vous

 

La tuilerie

 

 

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28 mars 2012 3 28 /03 /mars /2012 08:41

CIMG2131.JPG

Votre majesté,

J'habite le square qui porte votre nom. Le long du boulevard Haussmann, il est un îlot au milieu des voitures, même s'il ne peut être qualifié de verdure, sauf votre respect. En hiver, il est de toute quiétude et j'y suis bien aise, même si le temps me décrépit. Mais dès que reviennent les beaux jours, il se remplit à l’heure du déjeuner des travailleurs en recherche d’air non conditionné et autres pique-niqueurs du quartier.

A l'habituel tintamarre des autocars et autres clameurs, se mêlent alors le froissement du papier d’un sandwich, la mastication des mandibules, le claquement des baisers, le pincement des lèvres sur le filtre, l’aspiration du liquide au goulot, le crissement du gravier, les gargouillements d’un landau, les vociférations d’un garnement, le chant d’un oiseau.

Assis, ils se restaurent, lisent, cousent, papillonnent, fredonnent, échangent et viennent ainsi piétiner votre mémoire et mes racines. Il y a le rebelle aux cheveux longs avec un livre de science-fiction qui mange un sandwich à base de jambon ou une de ses variantes vendues dans les commerces des environs. Il y a les deux boutonneux planqués au fond comme des clandestins, évadés du lycée, fumeurs de joints. Il y a les illégitimes qui ont posé le sachet entre eux, comme un dernier rempart entre leurs sourires gênés. Dessus s’exhibe un M, comme un message subliminal. Il y a le gueux qui soliloque en s’adressant à son litron, sous l’oreille de son compagnon. Il y a la bourgeoise qui berce le couffin posé sur quatre roues et qui hurle après l’enfant qui court comme un pantin désarticulé. 

Mais le vrai fauteur de troubles, celui qui tient les rênes de l'agitation, celui qui invite par sa seule présence à la révolution, celui qui incarne cette idée de liberté qui vous fit perdre la tête, c'est celui qui, quelque part, caché dans mes branches bourgeonnantes, gazouille.

Louis, chêne

 

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Published by Magdeleine - dans huitième' lettres
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14 mars 2012 3 14 /03 /mars /2012 14:18

arcade

 

 

Salut vieux baron

J’ai croisé Gabriel qui m’a dit qu’tu t’inquiétais de savoir c’quétait dev’nu ton ancien quartier et qu’on pouvait t’écrire. Moi j’voudrais juste te raconter un truc qui m’est arrivé aujourd’hui et te d’mander un p’tit service. J’roupillais. Tranquille. J’avais un rêve en quelque sorte. J’étais sur le dos et j’les entendais à côté de moi. Ceux qui marchent vite. Ceux qui foncent au feu. Ceux qui déambulent le nez en l’air. Y z’habitent pas l’quartier. Y l’fréquentent. La journée pour leur turbin. Le soir pour leur plaisir. Parce qu’entre parenthèse, vieux baron, si tu regardes les stats tu constateras que dans le huitième arrondissement, cui qui tourne autour de ton boul’vard, y’a vachement moins d’habitants que dans ton temps. Tes beaux immeubles avec des balcons aux premiers et aux cinquièmes étages, leurs pignons, leurs cheminées et leurs moulures, y servent aux bureaux. Ça des banques, des boites à former, des avocats, des experts à compter, des jus de crâneurs en tous genres qui roulent en Mercédès ou en Velsatis, y’en a un max. Et tes grandes artères, tes grands boulevards, y servent à les faire circuler, toujours plus à l’Ouest. A ton époque, y’avait plus d’trente mille crêcheurs dans l’quartier d’la Madeleine. Aujourd’hui, on est à peine 6 000. Enfin, moi y m’ont sûrement pas compté d’ailleurs. Ni l’gars qu’est à l’angle Rome – boulevard toi et qu’a les pieds si gonflés qu’y peut même plus se lever, ni le type qu’est là sur un carton et que le matin rue de l’Arcade, ni la dame en bas de l’escalier du métro ligne 14 rue Tronchet, qui tend la main aux heures de pointe. Mais bon, passons, j’me disperse. J’dormais comme j’disais. A ma place, sur la bouche d’aération qu’est à l’angle de la rue de l’Arcade et du boulevard toi. Et quand j'me suis réveillé, y’avait pas un kopeck dans ma coupelle à ramasser les oboles, comme d’hab. Les écriteaux ça sert à rien. T’as beau dire que tu crèves la dalle, tout l’monde s’en fout. Y’avait pas un centime sonnant et trébuchant mais y’avait un sac en plastique comme y donnent chez Monop. J’ai ouvert et à l’intérieur y’avait des restes. Du pâté, des trucs à tartiner, du pain et des mini tomates. C’était sympa. J'ai tout mangé. Mais c’est là qu’est ma requête mon baron. Si tu croises Gabriel est-ce que tu pourrais lui dire qu’il aille suggérer à mon mystérieux bienfaiteur quel qu’il soit que la prochaine fois y n’oublie pas l’coup d’rouge !

Salut baron et porte toi bien !

Julot

 

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1 février 2012 3 01 /02 /février /2012 10:03

haussmann

 

 

Assis sur un petit nuage cotonneux, un homme en redingote noire sirotait une absinthe avec un triste. Dans son giron reposait une lettre écrite à la plume.

 

Mon cher ami,

 

Voici quelques jours qu'à votre demande je déambule entre la rue de l'Arcade et la Chaussée d'Antin. Par la présente, vous aurez quelques détails quant à l'ambiance qui y règne. Mais je ne vous cache pas mon impatience de remonter.

 

Dans les rues règne la frénésie. Une foule grouillante se presse sur les trottoirs bousculant et poussant comme si leur vie en dépendait. Le premier jour, en voulant dépasser une vieille dame qui traînait un chariot à roulettes, j'ai évité de justesse un couple portant paquets mais ai heurté un individu pressé de s'engouffrer sous la terre. Curieux, j'ai suivi la même voie et ai découvert un monde infernal. Les êtres humains s'y pressent sur des quais où ils espèrent des trains les véhiculant chez eux matin et soir dans d'épouvantables conditions d'hygiène et de cacophonie.

 

J'ai vite refait surface et ai marché le long des Grands Boulevards. J'ai alors compris que cette frénésie trouvait sa source dans les multiples occasions d'achat se trouvant céans. Il y a là des commerces et des échoppes de toutes tailles affichant soldes ou promotions sur des vitrines sans âme où tout se vend et s'exhibe. Depuis le bagage à rouler, les cigarettes en chocolat, la faïence de Gien, les ustensiles de cuisine, les peaux et fourrures, les cartes à envoyer et les timbres à coller jusqu'aux habits de toutes longueurs, couleurs ou formes et souliers, escarpins, bottes plattes ou bottines à talons, chaussures de sport à scratch ou à lacets, il y a là à boire et à manger à s'en donner une indigestion. Du tanneur à l'empailleur, en passant par le boucher charcutier corse, le graveur et l'antiquaire, le numismate et le joailler, les agences immobilières et la vaisselière, le gardien de musée et le restaurateur, j'ai rencontré de nombreux corps de métiers. Tous étaient pressés et avaient l'air renfrognés.

 

J'ai, ainsi que vous me l'avez recommandé, levé les yeux vers les pignons qui donnent sur la rue et j'y ai vu de grandes affiches invitant à de nouvelles consommations d'appartements ou de réductions.

 

Je vous passe les difficultés à respirer du fait des gaz des échappements, les odeurs de tabac et les volutes de fumées, les risques associés aux déjections canines, le danger des vélos à moteur roulant sur les trottoirs, les flots incessants des fiacres de cette époque et les obstacles en tous genres à la promenade.

 

Bien qu'un Boulevard porte votre nom, soyez assuré, mon cher Haussmann, que pour rien au monde je ne voudrai vivre dans votre quartier.

Gabriel

 

 

Le vieil homme se leva de son petit nuage, laissant choir sa lettre qui virevolta quelques instants dans les cieux et disparut  à jamais. Il alla frapper à la porte voisine et informa Saint-Pierre qu'il renonçait au programme de grands travaux pour l'aménagement du Paradis.

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