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18 novembre 2011 5 18 /11 /novembre /2011 16:37

J'ai le coeur au bord des lèvres.

Assise au balcon des galaxies, pardon, je n'ai pas vu la lune qui me sourit.

Est-ce grave monsieur le censeur ?

 

J'ai  l'âme, ou ce qui y ressemble, en accroche-temps.

Perchée au sommet de mon arbre, pardon, je n'ai pas vu l'horloge de la vie faire sa révérence.

Est-ce grave madame l'institutrice ?

 

J'ai le corps en apesanteur version infinie.

La tête à l'envers, pardon, je n'ai pas vu mon cerveau caresser mon nombril.

Est-ce grave monsieur mon miroir ?

 

J'ai l'ennui en attrape cafard.

Couchée en mes abîmes, pardon, je n'ai pas vu le sourire de cet enfant qui me regarde tendrement.

Est-ce grave madame ma conscience ?

 

J'ai les mots en creuse-tombeau.

Collée à mon écran de veille, pardon, je n'ai pas vu les dix mille couleurs de l'arc en vie.

Est-ce grave monsieur le dictionnaire ?

 

J'ai l'horizon rougi de mes colères d'enfance.

Prostrée en mes guerres immatures, pardon, je n'ai pas vu le linceul blanc de mes terres écroulées.

Est-ce grave madame la vérité ?

 

J'ai le pouls fragile et le sang qui bat moins.

Figée en mes spirales, pardon, j'ai raté la station suivante.

Est-ce grave monsieur le contrôleur ?

 

Par Nathalie Deysson

 

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14 novembre 2011 1 14 /11 /novembre /2011 11:05

Par Florence Andrea

 

Le
plateau doré
porte un verre
à moitié vide déjà
et le plateau à côté
un verre à moitié plein encore
comme le reflet d'un miroir horizontal
deux soleils, l'un se couchant
et l'autre se levant
une question d'équilibre
à la mosquée,
un soir,
novembre.

 

 

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Ici

le thé

est apporté sur

un grand plateau d'argent.

Le brouhaha règne en fond

sous les plafonds dorés à caissons

et sur les banquettes de tissu coloré

s'échangent les conversations en privé

sans qu'il soit question

de polémique, de politique

ou de religion

un instant

partagé !

 

Par Juliette

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9 novembre 2011 3 09 /11 /novembre /2011 10:40

Texte et photos de déambulation créative, par Feist.

 

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Elle avait traversé l’adolescence sans heurt, respectant les passages piétons …

… quel mauvais présage !

Sans heurt, sans mot, sans colère ni rébellion,

bref,… sans rien.

Elle avait suivi le chemin figé, sans analyse ni émotion,

Elle avait déambulé sans fausse note, certes ;

Mais sans savoir pourquoi avancer.

L’entourage était si fier de ce « non problème »,

de ce parcours avec lequel il se faisait voir,

valoir.

Personne, même les passages piétons, n’avait anticipé le chaos qui rodait,

Qui la rattraperait…

Et comme pour la varicelle, les heurts marquent férocement après 30 ans !

Elle disparut peu à peu derrière sa colline,

son univers sans envie

« Tu aimeras ton prochain comme toi-même » ne fit plus sens.

Et après l’esprit, la chair ne voulut plus…

Elle ressentit brutalement une faiblesse d’un coté du corps.

 

IMAG0309.jpg

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8 novembre 2011 2 08 /11 /novembre /2011 13:50

En ce mois de novembre, Plume de rue accueille de nouveaux auteurs et s'en réjouit !

 

Aujourd'hui, le jeune et talenteux FRAX nous livre ses poèmes de l'inspiration.

 

A venir ...

... des écrits imagés de la dernière déambulation, ce dimanche, à Sainte-Anne (ou pas ?)

mcommemagdeleine

... des textes proposés spontanément par une lectrice d'ici et d'ailleurs !

 

N'hésitez pas à envoyer vos créations. Plume de rue aime lire aussi !

 

 

 

 

 

Par FRAX

 

L’inspiration

Mon encre s’enfonce dans les pages,

Comme une ligne eut été tracée,

Autrefois, mon inspiration : envolée

Autrefois, mon esprit poétique : décédé

De quelques mois d’âge, L’inspiration, pourtant amie de longue date, est revenue

-Scrat, scrat-

Les mots pleuvent drus.

 

***

Haïkus à l’éphémère automne

I

Ronde des feuilles

Qui tombent,

Rouges ou jaunes s’effondrent…

II

Sur le tas de feuilles décédées

Le chat

Fainéant ou fatigué…

III

Feuilles tombées

Je rêve,

Du doux yokan* d’été

IV

Chat futé,

Immobile

Observe mon chien Bill

 

 ***

Le rayon de poésie

Vide, calme, serein

Etalage splendide de poésie

Etalage splendide de vie

Lieu où l’on trouve de vrais biens

 

Lieu où de l’ignorance, il n’est rien

Etalage splendide de beauté dont on a fait le tri

Etalage splendide où l’on pleure, où l’on rit

Vide, calme, serein.

 

Coin où seul les théâtreux, les curieux s’aventurent

Coin où l’espace, l’air est pur

« N.R.F » Oh ! Les belles tranches blanches

 

On ouvre le livre, on soulève le voile

On ouvre le livre, qui nous hérisse le poil

On ouvre le livre, de magnifiques vers c’est l’avalanche.

 

 

* : Yokan : Patisserie japonaise à base de pate de haricot et d’abricot. On la consomne au printemps et en été.

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2 novembre 2011 3 02 /11 /novembre /2011 11:10

Une vidéo de Lordship

 

 

ABC Des mots de rien par Véronique

 

Au hasard du fil de la pensée

Bien des mots se bousculent en quantité,

Crevassés, chocolatés ou cérusés.

Dans le puits des possibles …

Elire le mot, c’est renoncer à tous les faciles

Franchir le pas du choix tranché

Garder par devers soi la tentation du copié.

 

Heures qui filent ainsi en vaine recherche d’absolu

Impitoyable épouillage des sens confus

Jusqu’à ne former qu’une lettre :

K – et comme Dino le maître

Laisser le lecteur errer, se fondre et se perdre au désert

Marcher à l’infini sans affaire ni repère.

 

Nommer c’est fixer, figer, fossiliser ;

Oser l’abandon

Pénétrer l’invisible

Quoi de plus évaporant que la disparition ?

 

Rien

Silence

Tout est dit ?

Utérin retour à la source

Vulnérabilité des non dits

Wagnérien fracas de la passion et du doute :

X comme un carrefour,

Ypérite qu’on inspire,

Zone de non retour.

 


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Il y a

Le mal et le bien,

Chat et chien,

Les modernes et les anciens

Les vides et les pleins.

Le tout ou le rien.

Il y a

Inspiration

Illusions

Calme extérieur

Vide de tout, plein de rien.

Il y a

Redoutable

Partie de rien

Frayant son chemin

Inéluctable

Rongeuse intérieure

Juste se taire

Rien à faire.

 

Juliette


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23 septembre 2011 5 23 /09 /septembre /2011 08:49

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De quoi s'agit-il ? Le voyage n'est qu'un prétexte et un support, pour saisir à la volée des instants magiques où s'expriment le fugace et le permanent, les instants d'équilibre qui n'ont de sens ni quelques secondes avant ni quelques secondes après, l'instant décisif qui est la quintessence et le résumé de la vie.
L'oeil saisit -ou ne saisit pas- ce quelque chose qui fait une oeuvre d'art d'un paysage, d'un objet, d'un visage, d'une scène de rue.

 

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Et donc quelques photos d'un long voyage en Indonésie : la silhouette d'une femme dans la pénombre d'une boutique à Bali; le visage plein d'attention d'un enfant sur une moto à Java; la silhouette d'un homme dans la mer des Célèbes; deux fillettes musulmanes qui rentrent chez elles le soir; un enfant qui imite les grands dans sa tenue de policier.

 

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Quelques images loin des clichés, qui expriment la même histoire au delà de leurs différences : la beauté et l'intensité de la vie.

 

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Textes et images : Patrick MASSON

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22 juillet 2011 5 22 /07 /juillet /2011 12:37

 

parisdehaut471115Immobile devant la porte bleue, le voyageur s’interroge, comme stoppé dans sa course. Quatre chiffres, deux lettres, une incohérence sonne familièrement à son esprit. Une seule porte étiquetée de deux numéros apparemment contradictoires, 32, 32A. Deux adresses pour un seul lieu, comme deux prénoms pour une seule âme, la sienne.

Toutes ces années ont filé, remplies du temps qu’il a fallu pour essayer d’oublier le vide douloureux du secret de sa naissance. Une lettre, enfin, celle qu’il attendait depuis des années, lui a donné cette adresse, et l’accord de sa propriétaire. Il se sent à présent submergé par l’histoire du début de sa vie, à Ménilmontant, petit adopté au physique d’orient, grandi dans les ruelles aux allures d’Afrique du nord. Bouffée d’émotion, sale tour de la mémoire qui a trouvé une clé pour ouvrir ce coffre fort. Trente ans à Shanghai pour revenir aussi fragile devant l’origine, la réponse à la question qu’il pensait indispensable à son bonheur. Pousser la porte bleue et savoir. Ouvrir la porte et voir, sa mère, biologique.

Un rayon de soleil éclaire encore la courette, un atelier est là, rempli d’objets accumulés, témoins d’une vie qu’il n’aura jamais connu. Il pense à Germaine, qui était là, elle, qui réparait le cuir. Dans une jolie boutique à deux pas de là. Aujourd’hui, derrière la porte, c’est une vielle femme qui est assise dans sa chaise en rotin, une femme qui n’a pas voulu être mère, ou qui l’a été, plus fort encore, dans l’absence. A la seule force de l’imagination, tenant à distance ce que le corps n’oublie jamais. Une femme qui a pourtant dit oui un jour à son fils qui voulait la rencontrer.

L’atelier est là comme s’il avait attendu le début de l’histoire pour disparaître en poussière. A ce moment Pierre Minh comprend d’où il vient. De cet accident du destin, de l’accueil de Germaine, des questions venues très tôt sur le contenu de son âme, sur les raisons qui peuvent pousser à l’abandon. Comme chaque enfant il a pensé que c’était lui, qui n’avait pas su retenir sa mère, a pensé que c’était elle, qui avait fui loin de lui. Longues heures à se demander ce qui venait d’elle en lui, comme un portrait en creux, de quel esprit était-il fait ? Assurément pas de là, ce lieu qui ne lui ressemble en rien, ou chaque objet lui est étranger. Telle une sérigraphie, l’empreinte seule compte, une partie de papier s’envole et ne sert plus à rien. Restent, les contours du pochoir, les couleurs qui remplissent les vides, la beauté née de l’ensemble.

Rêve de jeunesse, cette rencontre avec sa mère s’est donc transformée en succès... pour lui. Pierre Minh n’a plus besoin d’elle, il n’a jamais eu besoin d’elle en fait, peut-on regretter réellement ce qui n’a jamais fait partie de notre vie ? Tout était déjà là, bonheur qui se cachait derrière la peur de manquer quelque chose. Il suffit d’ouvrir grand les yeux.

 

 

Texte et image Florence Andrea 

Déambulation Paris de Haut

 

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20 juin 2011 1 20 /06 /juin /2011 08:48

Un soir de déambulation créative,

entre la Défense et le Pont de Levallois,

Pas de bulot après le boulot

 

Texte Véronique,

Photos Denis C

 

 

Je tombe comme elle

 

Rayon de lumière – oui – non. Rayon de lumière sous la porte. Si oui, alors je vois. Un peu. Le ras du sol. Les carreaux sales. Mes doigts sales sur les carreaux sales. Mes doigts sales marchent en araignée sur les carreaux sales. Je vois mes pieds. Chaussettes sales. Où sont mes baskets ? J’écrase une araignée. Clac ! Le noir. Plus de rayon de lumière. J’ai froid. Mes mains sales sous mon pull sale. Mes pieds bougent tout le temps. Faire peur aux araignées. C’est la nuit sûrement. Plus de bruit. Il a oublié mon manger. Il est parti ? Si je fais du bruit, s’il est là, ça va barder. Je gratte le bas de la porte. J’arrête. Rien. Je regratte. Rien toujours. Je suis puni. Combien de temps ? Plus que d’habitude. Plus que quand maman est partie. Pas le droit de parler, pas le droit de jouer, pas le droit de faire du bruit. « Pas le moindre bruit, tu m’entends ? C’est compris ? ». Il crie. Tout le temps il répète ça. Chaque fois qu’il passe devant la porte. Ça fait longtemps je crois, il m’a enfermé là. Plus longtemps que quand maman est partie ? Je peux pas me rappeler. J’entends passer les trains. Ça fait trembler les murs. Si je compte les trains, je sais le temps qui passe. Quatre trains égalent une heure. Les bouteilles, je sais pas. Elles tombent n’importe quand. Sur le carrelage de la cuisine ou sur le parquet du salon. Des fois elles éclatent ; pas toujours. Il faisait pas ça avant. Ça  fait un bruit drôle quand elles roulent. Comme si elles sont saoules. Je suis puni. Il est très fâché contre moi. J’ai rien fait. Il me dit de raconter. Je sais pas. « Avoue !  Avoue ! Tu mens, tu mens comme tu respires ! Avoue sale gosse ! » Je suis tout sale maintenant, c’est vrai. Mes mains, mes vêtements, mes cheveux sûrement. Je peux pas les voir, même avec le rayon de lumière. Je suis puni. J’ai rien fait. Lui non plus, c’est pas sa faute pour maman. Pourquoi il fait ça ? Elle a glissé toute seule. On jouait sur l’arbre, elle a glissé vite. J’ai rien pu faire. Peut-être les autres ils vont s’inquiéter à l’école. Ils vont me demander peut-être. Je gratte la porte. Plus fort. J’ai envie de taper. S’il est parti, je dois faire du bruit pour qu’ils me retrouvent. Ou je m’évade. Si je m’enfuis, je vais là-bas. Au bord de l’eau. Je reconnais la pierre avec le signe gravé dessus, sous l’arbre qui pleure. Au dessus de l’eau verte, au dessus des grosses feuilles sur l’eau, sur la grosse branche je monte, j’attends le rameur qui passe sans me voir. Je glisse de la branche. Je tombe dans l’eau comme elle. L’eau me boit tout d’un coup. Comme elle. Alors je la retrouve tout au fond. Forcément, je tombe comme elle, je la retrouve. J’ai crié son nom mais elle pouvait pas entendre sous les grosses feuilles sous l’eau. Le rameur, il a pas entendu. Je tombe comme elle, je la retrouve, je lui dis : remonte avec moi, je serai plus puni.

 

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24 mai 2011 2 24 /05 /mai /2011 05:22

 

Texte et images de Lola

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Comme tous les jours à la belle saison, le parc vient d’inviter ses derniers visiteurs à quitter les lieux, pour apprécier à son tour sa beauté, se détendre, reprendre des forces  et réserver un bel accueil aux habitués du lendemain. Le son puissant  de la cloche réjouit le cercle des roses éternelles qui vont enfin pouvoir discourir entre elles.

P1080217 nouveau formatlow resMes amis, déclare le Comte de Chambord, je suis totalement épuisé. En cette fin d’après midi, il me devient  tout à fait insupportable de respirer la poussière soulevée, cette proximité indélicate pour mieux me sentir, l’œil toujours plus inquisiteur du peintre amateur, les babillages incessants, les vérités et les mensonges se délier sur le banc d’à côté.

Voyons cher Comte,  depuis  plusieurs siècles que  vous  fleurissez et enchantez ce lieu, ne vous laissez pas aller ;  je compte bien, encore pour très longtemps vieillir à vos côtés avoue timidement Ghislaine de Féligonde dont la robe mauve s’empourpre soudainement.  Nous n’allons quand P1080228 nouveau formatlowresmême pas nous laisser aller  à la mélancolie pense  Amber. Elle se redresse  pour ensuite mieux se ployer et atteindre sa cachette au pied  d’un saule pleureur majestueux qu’elle remercie chaque jour de lui donner l’ombre nécessaire pour conserver son teint d’anglaise d’un rose si pâle, si délicat, qu’il ne peut flirter avec le moindre rayon du soleil. Elle parvient sans trop d’efforts à saisir son petit flacon de cherry qui ce soir encore sublimera son teinte de rose. A la vue du précieux élixir d’un rouge profond, Félicité se contorsionne discrètement et se penche pour saisir son petit verre de cristal offert par son amie Robusta qui s’épanouit et embellit à ses côtés depuis des années. C’est à cette heure là que Félicité sent le mieux son parfum si léger. Enfin prêts à savourer ce moment de quiétude et d’échange autour d’un verre de vin, les amis remarquent dans le parterre d’à côté une rose très haute sur tige, droite comme un i , chapeautée de larges pétales à l’allure aristocratique, d’un jaune profond. Venez  rejoignez nous !

P1080241 nouveau formatlowresHeureuse de cette invitation à s’exprimer après cette journée murée dans son silence, elle n’hésite pas à, se pencher avec élégance pour franchir l’étroite allée qui les sépare.

Caroline de Monaco se présente à eux avec réserve mais avec une sympathie immédiate ; Je vous remercie profondément de m’inviter à partager avec vous ce moment d’intimité.

En effet, je suis arrivée il y a quelque temps mais je n’ai pas eu encore l’occasion de lier amitié en raison de mon isolement. Belle initiative que celle des jardiniers de retirer enfin cette haie. A vous écouter conter votre journée je ne me sens plus seule et partage avec vous cette lassitude de fin de journée mais je dois quand même vous avouer quelque chose. Elle m’a réservée  une belle surprise. Pour la 1ère fois depuis fort longtemps quelqu’un m’a complimenté pour mon parfum à la fois subtil et envoûtant a-t-il précisé. J’avoue avoir été tenté pendant une fraction de secondes de me redresser encore un peu plus, je me suis contentée de sourire intérieurement car voyez  vous depuis que l’on s’acharne à nous donner toujours plus d’engrais, à interdire les abeilles de butiner, les coccinelles de porter bonheur, les papillons de voler, nous perdons le parfum pour lequel on continue de vous chérir tant. Je dois vous avouer que cette métamorphose s’est opérée en vous écoutant discrètement  vous entretenir à ce moment privilégié sur toutes ces méthodes néfastes que vous réussissez à refuser avec douceur et ténacité. Je vous observe chaque matin remisant de côté les pesticides, contester haut et fort auprès des jardiniers l’absence de vos animaux préférés et enfin refuser délibérément d’embaumer. Je vous remercie de triompher et de permettre  à la nature d’être écoutée et respectée, je l’espère encore pour de nombreuses années. Je lève mon verre à votre intelligence à tous de revendiquer  le passé pour déterrer des vérités servant à semer le progrès et récolter à foison la moisson d’un bel avenir.

Désormais le cercle des roses éternelles est heureux de compter un nouveau membre qui les aide  à rallier les parterres alentours au respect de la nature pour offrir aux visiteurs  un parfum de bonheur.

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Paris, le 23 mai 2011

 

 

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22 mai 2011 7 22 /05 /mai /2011 18:14

 

Ecrit entre Vincennes et Marne par Florence Andrea

 

L’air est frais comme une caresse irlandaise. Giugiulena est penchée sur son livre, près du lac, abandonnant parfois sa lecture dans un balancement lent et léger propice à la rêverie. La suspension du hamac crée ce flottement étrange, comme un temps suspendu dans une vie de course. Les bruits qui viennent à elle sont comme engourdis, étouffés par un drôle de coton imaginaire faisant écran ; les phrases musicales mêlées des voix des visiteurs du temps bouddhiste, les cris des enfants qui jouent, les canards glissant sur l’eau, les rires des vieux courbés sur leur banc atteignent à peine Giugiulena accrochée dans les arbres à quelques mètres.

Jack. Son nom claque comme sa paire de baskets sur le bitume. Il court. Il souffle, crache, souffle et recommence. Comment savoir d’où il vient et où il va repartir quand son circuit autour du lac, point central liquide des promeneurs du dimanche, quand ce circuit sera clos et l’aura mené à son point de départ ?

Il est l’acteur principal du deuxième film projeté en parallèle sur ce même écran de verdure ; si l’un est au ralenti, comme en apesanteur, l’autre est en accéléré.

Le visage rouge, le chien mouillé, Jack souffle, crache et recommence. Cherche-t-il à ce moment la plus intense expression de l’humain ? L’âme n’y est pas, mais c’est son corps qui doit exprimer, presser jusqu’à en extraire la vie la plus basique et animale : il suinte, tremble, chauffe, frappe dans sa poitrine. Contrôle des battements cardiaques, pression diastolique régulée, progression de la fraction d’éjection, optimisation de la courbe. Perfection ? L’esprit fixe les objectifs à atteindre tandis que les pieds frappent la terre. Impulsent, accélèrent… volent… et quelques instants plus tard, le grand corps musclé se fracasse dans la poussière.

Abasourdi mais en colère, le grand corps crache ses mots agressifs à la fille lunaire qui vient de lui barrer la route avec son vélo. Mais d’où vient-elle cette écervelée, empêcheuse de tourner en rond ?

Giugiulena est zen, tellement zen que son regard clair transperce les carapaces de coureurs et perturbe les battements du cœur. Jack lève les yeux de la poussière, les liens qui le retiennent à l’intérieur de son corps se desserrent et laissent parvenir les percussions du temple bouddhiste à son oreille, les effluves d’encens le titiller, la douceur du vent le toucher. Instantanément Jack vient de traverser l’écran pour entrer dans le film au ralenti, un monde d’ondes et d’êtres flottants tels les dormeurs dans les hamacs.

Telle Giugiulena debout dans l’instant présent ;

Un papillon sur l’épaule.

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