Regards de rue, hésitations urbaines, pensées au fil de la Seine et des autres eaux.
En friche
Berlin. Le tracé du mur avait laissé des étendues vides, un tissu urbain dévasté, des lieux de sinistre mémoire. En ont émergé la coupole de verre du Reichstag, dans la Postdamer Platz le champ de stèles du mémorial de la Shoah et les couleurs du Sony Center, le long de la Spree des créations de métal, de béton et de verre jouant avec l’eau.
Detroit. Au coeur du désastre des maisons saisies faute de paiement, des alignements d’officines de prêts sur gages, du Renaissance Center mort né, des carcasses de la nécropole automobile poussent des jardins potagers communautaires et se retissent des liens.
Des herbes folles et des graines de salades, des grues, des tas de sable ou de pierres, du désordre. Des formes nouvelles sortant de pierres anciennes ou issues du lieu même.
Ca se cherche, ça se percute, ça se combine, passé présent futur.
C’est dans les friches que le passage se fait, où le neuf et la suite adviennent. Lieux sans nom, sans définition, d’erreurs essais, où l’imaginaire peut se déployer.
Où se décide sans décision ce qu’on laisse derrière, non pas en détruisant, mais en laissant s’abandonner; ce que l’on emporte avec soi, non pas conservé, mais transformé et recréé ; ce que l’on construit et ce que l’on rêve.
Où la vie peut inventer enfin de nouvelles formes.