Regards de rue, hésitations urbaines, pensées au fil de la Seine et des autres eaux.
Photo shop
« J’ai un service à te demander, j’aimerais que tu me prennes en photo… »
Christelle arrive pour le thé sortant juste de chez le coiffeur, avec un joli haut dans les bruns qui rehausse ses yeux noisette, et maquillée. Il y a du Meetic dans l’air… et un enjeu de taille. Je ne sais pas bien comment faire, je déteste moi-même être prise en photo.
Je la fais poser dos à la fenêtre, en arrière plan un grand pan de ciel et le Sacré Cœur. On regarde… contre jour, de la raideur dans le corps qui remonte à son visage, « c’est pas vraiment moi ». Elle fait une petite grimace.
On change : elle se place sous un de mes tableaux, une nature morte aux oranges et citrons. Je recommence. On ne voit que le décor, elle en devient l’accessoire.
Dos au mur blanc, alors… là c’est trop nu et le contraste est violent. Elle arbore toujours une expression un peu figée, elle ne se reconnaît pas et moi non plus. Mais c’est quoi être moi ?
On se dit qu’il faut quelque chose de plus souple : assise sur un fauteuil, ou alors appuyée contre lui, histoire de se détendre ? Je shoote, je shoote ; entre deux essais elle boit son thé fumant. La série la montre les joues de plus en plus rouges, et le visage se couvrant d’un film de transpiration.
« Là c’est pas possible, j’ai l’air d’une poivrote ».
Je pose l’appareil, découragée. On finit le thé, on papote.
Enfin, elle parle et je l’écoute. Elle s’anime, rit, s’indigne. Je prends l’appareil photo
Le cliché est totalement elle.