Regards de rue, hésitations urbaines, pensées au fil de la Seine et des autres eaux.
Plume invitée : Juliette
Ecrit sur proposition
J’aurais peut-être dû claquer la porte plutôt que de partir ainsi, sur la pointe de mes talons aiguilles, prenant soin de ne pas heurter ses nombreux chers bibelots, ses trophées, clichés de lieux balayés en quelques heures ou quelques jours, jamais une éternité, pour affaires ou à loisir, des couvre-chefs, des totems, des poteries, des broderies, chandeliers branchés, reliques animistes, des souvenirs amnésiques amassés et empoussiérés, laissant sur place mes affaires, quelques habits d’hiver, le déshabillé trop grand offert à Noël, un collant filé et un livre auquel je tenais - tant pis, le quittant endormi dans son grand lit géométrique – un énorme rectangle en contreplaqué verni où on pourrait tenir à quatre, même en diagonale et où il regrettera que je l’aie abandonné dans sa vie toute tracée, rectiligne comme cette voie du métro aérien entre l’Etoile et la Nation, qui me passe au-dessus et que je suis à pied, droite et sans virage, rejoindre mon petit studio dans une de ces immenses verticales du quinzième, sur le bitume, froide et mécanique, en ce matin d’hiver désert où j’ai réalisé que je suis un grain de sable dans la vie de cet homme et tous ceux avant et que je ne veux pas – que je ne veux plus - n’être qu’un point sur la photo, à lui, à eux, posée sur les toiles de leurs vies, je veux ma propre ligne de fuite, m’offrir des perspectives, la possibilité d’un cadre à ma dimension, cesser d’être cette âme gelée, le négatif d’un être brillant et trouver ce qui me donnera du champ, projeter ma vie en quadrichromie, là où le regard porte loin et où le flou est artistique, avançant ou restant, peu importe tant que cela fait sens, pour une fois, pour toujours, ne pas avoir, ne plus avoir envie de claquer la porte sans lui dire adieu.