Regards de rue, hésitations urbaines, pensées au fil de la Seine et des autres eaux.
J'ai le coeur au bord des lèvres.
Assise au balcon des galaxies, pardon, je n'ai pas vu la lune qui me sourit.
Est-ce grave monsieur le censeur ?
J'ai l'âme, ou ce qui y ressemble, en accroche-temps.
Perchée au sommet de mon arbre, pardon, je n'ai pas vu l'horloge de la vie faire sa révérence.
Est-ce grave madame l'institutrice ?
J'ai le corps en apesanteur version infinie.
La tête à l'envers, pardon, je n'ai pas vu mon cerveau caresser mon nombril.
Est-ce grave monsieur mon miroir ?
J'ai l'ennui en attrape cafard.
Couchée en mes abîmes, pardon, je n'ai pas vu le sourire de cet enfant qui me regarde tendrement.
Est-ce grave madame ma conscience ?
J'ai les mots en creuse-tombeau.
Collée à mon écran de veille, pardon, je n'ai pas vu les dix mille couleurs de l'arc en vie.
Est-ce grave monsieur le dictionnaire ?
J'ai l'horizon rougi de mes colères d'enfance.
Prostrée en mes guerres immatures, pardon, je n'ai pas vu le linceul blanc de mes terres écroulées.
Est-ce grave madame la vérité ?
J'ai le pouls fragile et le sang qui bat moins.
Figée en mes spirales, pardon, j'ai raté la station suivante.
Est-ce grave monsieur le contrôleur ?
Par Nathalie Deysson