Regards de rue, hésitations urbaines, pensées au fil de la Seine et des autres eaux.
En ce dimanche d’automne à la météo sinistre à souhait, le ciel bas, la pluie drue et un fort besoin de chaleur intérieure, j’ai fini L’amour et les forêts d’Eric Reinhardt.
Ce roman, je l’ai lu avec urgence, avec passion, avec mes trippes.
Le pitch : une femme écrit à un écrivain tout le bien qu’elle pense de son dernier roman. Ils se rencontrent et la deuxième fois, elle lui livre sa vie. Une partie tout au moins. Le reste, il l’apprendra plus tard.
C’est simple, n’est-ce pas ? Tout comme l’enfer qu’elle vit au quotidien parait tellement évident au lecteur, la fuite vitale. Et pourtant, la machine infernale semble inéluctable, autant que je suis portée par les mots assemblés, les idées qui me viennent, les échos qui résonnent.
Sur mon propre amour, je me rassure ou je tremble, je cherche le fil, celui de l’équilibre, celui de la limite. Justement ce n’est pas binaire, cela se construit dans le temps, tout comme cela peut se déliter, lentement. L’amour, la confiance, cette chose précieuse qui nous lie à l’autre. Et puis, ce qu’on sait en dire, ce qu’on garde, ce qui ronge son intérieur, lentement, insidieusement, inéluctablement. Car la communication c’est la vie. Et l’absence la mort. Dire, écrire ou se donner le droit de vivre.
J’ai été bercée au tout va s’arranger et j’ai appris en grandissant que peut-être pas. L’amour et les forêts l’écrit avec brio, sans clichés comme dirait mon ami L. C’est une prouesse littéraire de pouvoir montrer sans souligner. L’intervention de Villiers de l’Isle Adam amène la possibilité du noir et de l’étrange. C’est très fort.
Voila, un chef d’œuvre à mon avis. Pour moi il résonnera longtemps comme un souvenir intégré en moi. Comme la possibilité de mettre en mots, les émotions vives et les choses indicibles.