Regards de rue, hésitations urbaines, pensées au fil de la Seine et des autres eaux.
J'attends mon tour dans une salle carrelée donnant directement sur la rue, les murs recouverts d’affiches préventives et de feuilles dactylographiées avec humour. Je l'aime bien mon toubib, il prend le temps d'examiner, d'écouter. Il s'intéresse, ah oui vous allez en Namibie, c'est où ça ? Et il tape sur Google avec un doigt. On cause pour se détendre et il pose des questions l'air de rien. Parfois il arrête quand c'est nécessaire. Cette fois ce ne sera pas le cas. C'est encore pour les vacances que je consulte.
Le problème chez lui, c'est le secret médical. Il est partagé avec toute la salle d'attente grâce aux parois façon Hlm. La patiente en cours a manifestement besoin d'un truc spécial, long à écrire. Elle lui dit tu, il lui donne des tas de recommandations, répète et elle profite de loccaze pour demander une ordonnance pour quelqu'un d'autre. Alors mon toubib lui donne une adresse. Ah mais c'est là que je me suis fait opérer du pied, tu te souviens ? Bien sûr qu’il se souvient.
Ils ont fini, la porte s'ouvre et mon toubib me tend la main. Il n'y a plus personne dans la salle d'attente, je pourrai même lui parler de mon furoncle. Vous allez bien docteur? Non. Ah? C'est mon chien. Il a été agressé. Il a vraiment l'air triste. Et puis il embraye et quand je pars 40 minutes plus tard, j'oublie de lui dire un petit mot pour son chien. Je m'en veux.