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Le propos

Regards sur la culture, images des rues, mots venus par inspiration

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1 février 2012 3 01 /02 /février /2012 10:03

haussmann

 

 

Assis sur un petit nuage cotonneux, un homme en redingote noire sirotait une absinthe avec un triste. Dans son giron reposait une lettre écrite à la plume.

 

Mon cher ami,

 

Voici quelques jours qu'à votre demande je déambule entre la rue de l'Arcade et la Chaussée d'Antin. Par la présente, vous aurez quelques détails quant à l'ambiance qui y règne. Mais je ne vous cache pas mon impatience de remonter.

 

Dans les rues règne la frénésie. Une foule grouillante se presse sur les trottoirs bousculant et poussant comme si leur vie en dépendait. Le premier jour, en voulant dépasser une vieille dame qui traînait un chariot à roulettes, j'ai évité de justesse un couple portant paquets mais ai heurté un individu pressé de s'engouffrer sous la terre. Curieux, j'ai suivi la même voie et ai découvert un monde infernal. Les êtres humains s'y pressent sur des quais où ils espèrent des trains les véhiculant chez eux matin et soir dans d'épouvantables conditions d'hygiène et de cacophonie.

 

J'ai vite refait surface et ai marché le long des Grands Boulevards. J'ai alors compris que cette frénésie trouvait sa source dans les multiples occasions d'achat se trouvant céans. Il y a là des commerces et des échoppes de toutes tailles affichant soldes ou promotions sur des vitrines sans âme où tout se vend et s'exhibe. Depuis le bagage à rouler, les cigarettes en chocolat, la faïence de Gien, les ustensiles de cuisine, les peaux et fourrures, les cartes à envoyer et les timbres à coller jusqu'aux habits de toutes longueurs, couleurs ou formes et souliers, escarpins, bottes plattes ou bottines à talons, chaussures de sport à scratch ou à lacets, il y a là à boire et à manger à s'en donner une indigestion. Du tanneur à l'empailleur, en passant par le boucher charcutier corse, le graveur et l'antiquaire, le numismate et le joailler, les agences immobilières et la vaisselière, le gardien de musée et le restaurateur, j'ai rencontré de nombreux corps de métiers. Tous étaient pressés et avaient l'air renfrognés.

 

J'ai, ainsi que vous me l'avez recommandé, levé les yeux vers les pignons qui donnent sur la rue et j'y ai vu de grandes affiches invitant à de nouvelles consommations d'appartements ou de réductions.

 

Je vous passe les difficultés à respirer du fait des gaz des échappements, les odeurs de tabac et les volutes de fumées, les risques associés aux déjections canines, le danger des vélos à moteur roulant sur les trottoirs, les flots incessants des fiacres de cette époque et les obstacles en tous genres à la promenade.

 

Bien qu'un Boulevard porte votre nom, soyez assuré, mon cher Haussmann, que pour rien au monde je ne voudrai vivre dans votre quartier.

Gabriel

 

 

Le vieil homme se leva de son petit nuage, laissant choir sa lettre qui virevolta quelques instants dans les cieux et disparut  à jamais. Il alla frapper à la porte voisine et informa Saint-Pierre qu'il renonçait au programme de grands travaux pour l'aménagement du Paradis.

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Published by Magdeleine - dans huitième' lettres
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commentaires

rita 23/02/2012 11:58

que Gabriel rende son tablier mais pas ses ailes...et si le Baron avait pris un peu plus d'absinthe, on aurait eu un quartier plus poétique... qui sait ?

Magdeleine 02/03/2012 18:25



Le baron revient ... Soon ... L'absinthe a dû inspirer la prochaine lettre ! La poésie n'a pas encore été découverte... To be continued 



Bérénice 01/02/2012 17:20

euh ... je parlais du XXIème siècle pas du XIXème justement

Bérénice 01/02/2012 17:19

Le Baron pouvait-il prévoir que son oeuvre soit si durable qu'elle atteigne notre XIXème siècle bondé ?
Merci de ce clin d'oeil venu du ciel

Magdeleine 01/02/2012 18:15



c'est vrai ... il ne pouvait pas...  mais pourquoi continue-t-on à reproduire les mêmes erreurs puisque l'on sait maintenant ? Argh !