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18 avril 2020 6 18 /04 /avril /2020 16:03

Il est 20 heures et pour la 18ème fois consécutive à cette heure précise, Rachel sort applaudir sur le balcon. Les enfants sont déjà rentrés, ce rituel ne les amuse plus. Mais pour elle c’est important. Dire bravo aux soignants et regarder qui est à sa fenêtre autour. Elle salue la présidente du conseil syndical et ses trois garçons. Aucune trace du mari. Il y a ces deux filles dans l’angle qui applaudissent avec détermination, le couple deux étages plus bas, lui avec un petit moulin qu’il fait tourner et elle battant la mesure, les Benichou qui la saluent, les habitants de l’immeuble d’en face. Et puis tous ceux qu’elle ne peut pas voir, les retraités du dessus, les noctambules d’à côté, les Chinois discrets du huitième. Elle sourit et puis elle rentre retrouver le shabbat.

Celui-ci est déjà le troisième de l’ère du confinement, comme dirait Yohan. Le menu, la prière, les chants. Tout est pareil. Il manque juste les invités et le moment où les hommes vont à la synagogue. Ça résonne plus fort à l’intérieur de l’appartement et sans interruption. Les temps seule avec Jessica n’existent plus. Tout le monde est là, en permanence. Tous les six dans 69 m².

Toute la semaine, Rachel s’occupe et le temps passe vite. Les devoirs, un peu difficiles au niveau collège - les maths elle a toujours détesté ça -, les échanges avec l’institutrice des petits, les questions d’Elza, les lessives et la vaisselle, la gym devant la télé, lire un peu et surtout, la cuisine. Nourrir la tribu, c’est son rôle. David fait les courses avec les enfants et comme ça des pauses dans son télétravail. Elle, elle passe commande. Toujours il y a des écarts. Elle avait écrit légumes et ils reviennent avec des frites. Elle met des filets de poulet, c’est des côtelettes d’Agneau. Elle n’arrivera jamais à perdre du poids avec tout ça. Pourtant, avec la sidération des premiers jours, son appétit avait diminué. Elle s’était sentie forte, et mieux. Elle s’était dit que c’était le moment. Mais là, elle sent la faim tout le temps. Elle met la main plusieurs fois par jour dans le paquet de chips, attrape les bonbons confisqués aux enfants. Tu te laisses aller lui dit David. Elle s’est resservie de pâtes à midi, et hier aussi. Elle s’en veut. Toujours après.

Avec leurs quatre enfants, ils forment une famille David et elle. Mariés jeunes, logés à quelques appartements de leurs parents, leurs enfants vont à l’école où ils se sont rencontrés. Le marchand de journaux a vieilli, certains magasins ont fermé et des barrières ont poussé sur les trottoirs, mais rien n’a vraiment changé dans le 19ème depuis quinze ans. Elle a pris du poids et elle ressemble de plus en plus à sa mère. Avec ce confinement, ses perruques prennent la poussière. Demain, elle passera un coup de brosse dessus. Ou peut-être après-demain.

Il est 20 heures passé de quelques minutes, vendredi 3 avril 2020. Les morts ont dépassé les 5000 en milieu hospitalier et bien plus si on ajoute les Ephad. Et cela n’est que pour la France. Partout dans le monde, les décès s’accumulent et le virus progresse. Le journal montre des rues désertes, des médecins masqués et répond aux questions que tout le monde se pose. La télévision restera allumée sur BFM jusqu’au lendemain soir. Tant que personne ne touche à la télécommande, on reste dans les clous. David déblatère sur l’impuissance des états, dénonce le décompte incomplet en Chine et les enfants écoutent. Rachel engloutit un morceau de pain plus gros que la portion de carottes au cumin qu’elle s’était octroyée. Après il y a encore le hamin. Elle salive en pensant aux haricots rouges et à l’orge pelé qui mijotent depuis la veille. Elle ne tiendra pas sa résolution de ne pas prendre de pommes de terre avec ses saucisses. Les enfants parlent, c’est joyeux. Cet après-midi les deux grands se sont disputés, leur père s’est fâché, mais maintenant c’est agréable. Rachel rit aussi. Bientôt ils mangeront la brioche tressée qu’elle a passé des heures à préparer, pétrir puis cuire. Ils feront des bruits avec leur bouche, David dira c’est délicieux ma chérie et les enfants applaudiront. Eitan se servira avant même d’avoir fini son assiette. Les informations continueront à défiler et ils iront se coucher. Juste avant elle chipera un petit morceau du gâteau en se disant, après tout.

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4 novembre 2017 6 04 /11 /novembre /2017 15:24
Question de choix

Entre ce qui me fait choir et ce qui m'échoit, il me faut décider !

Ici, j'ai posé des idées, comme dans une conversation entre vous et moi. Dans cet espace détente j'ai cherché l'écoute, je me suis épanchée dans ce grand fauteuil virtuel. J'ai assemblé quelques phrases, cherché à faire sourire ou adhérer, dans la frénésie d'une pensée mise en mots. Quelques images sont venues illustrer mes propos ou les déclencher, parfois sans rapport, juste parce qu'elles étaient belles. Parce qu'elles étaient là.

Et puis le silence. Le vide d'envie, l'absence de toutes ces étincelles qui créent l'urgence d'écrire. Lassitude, manque de ligne et de temps. 

Aujourd'hui un retour, à l'heure des questions. Juste quelques mots aujourd'hui, mais j'ai envie de ré-apprivoiser ce lieu, malgré ses publicités intempestives, malgré la pause. Retrouver du goût pour le temps passé ici, mais en faire autre chose, plus de moi, moins de distance. Des billets parfois mous, des jeux avec les mots pour ce qu'ils veulent dire et le plaisir de voir se former sur l'écran des mots à moi.

Laisser raisonner un peu de ce qui est au fond. Toucher la sincérité. 

Je suis venue chercher une nouvelle bouffée.

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26 avril 2015 7 26 /04 /avril /2015 10:21
Rome, les bas-fonds au Petit palais
Rome, les bas-fonds au Petit palais

Rien que pour la scénographie, cette expo vaut le coup : petites salles sombres pour exposer les bas-fonds d’un XVIIème baroque et un grand couloir éclairé tapissé des architectures majestueuses de la ville lumière, intemporels. Dans la deuxième partie mettant en scène la gueuserie, des miroirs donnent une dimension différente aux pièces. Nous perdons nos repères comme dans l'ivresse des pochards sur les toiles.

Les œuvres se laissent pénétrer en plusieurs temps. Les thèmes : Association des contraires. Autodérision. Scène de Sabbat avec sorcières et griffes menaçantes. Démons anthropomorphes. Érotisme. Interdit transgressé. Insultes dissimulées ou pas. Pouce coincé entre l’index et le majeur, la fica est notre doigt d’honneur contemporain avec sa connotation sexuelle en prime dans une époque où la religion édicte le puritanisme. Une expo sur une époque qui nous rappelle que les refuges de la notre viennent d’un éternel recommencement.

Sans une toile du maître, l’influence du Caravage est partout. Dans les expressions et les gestes. Et puis dans ce mendiant de Ribera, la crâne en lumière, en grand et gros plan, son chapeau tendu à nous qui nous saisit. Un type qui défèque, un autre qui pisse sur une statue romaine dans un paysage idyllique, des éléments qu’il faut aller chercher. C'est délicieux et irrévérencieux à souhait.

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24 avril 2015 5 24 /04 /avril /2015 17:14
Déambulation : Autour du butte

En plein quartier touristique, trouver l'inspiration et des lieux de concentration? Découvrir quelques faces méconnues de la capitale à côté des endroits où vous passez régulièrement? Lever le regard et le mettre en mots à partager juste pour le plaisir? Cette nouvelle déambulation créative vous le propose.

Plume de rue vous emmène entre Montmartre et la place Clichy sans jamais monter une marche. Le parcours vous conduira de la place Charles Dullin où il débutera à l'impasse de la Défense, où il finira. Nous deambulerons ensemble sans perdre de vue le sacré coeur pour mieux l'oublier. Nous passerons par des lieux différents d'ambiance, chargés d'histoire(s). Trois temps d'écriture sont prévus. Pour déclencher l'imaginaire, des propositions vous seront faites. Pour ceux qui nous rejoindraient pour la première fois : elles s'adaptent à toutes les plumes. Assurées ou professionnelles, prolixes ou laconiques, débutantes ou timides. Vous aurez le choix de partager vos productions personnelles ou d'écouter lors d'un déjeuner au bal café.

Départ à 10h30 heures précises, devant le théâtre de l'atelier place Charles Dullin

Arrivée à 13 heures moins précises impasse de la défense et fin de la déambulation.

Puis déjeuner au bal café pour les volontaires. L'heure de sortie de table sera selon notre plaisir partagé et rassasié.

Le tarif est de 30€ et comprend : la participation à la déambulation conçue pour vous emmener hors des sentiers battus, les propositions à écrire et les retours sur vos premiers jets, comme dans un atelier d'écriture. Le déjeuner et toutes les dégustations intermédiaires sont à votre charge.

Intéressé(e)s ? Dites le moi !

Déambulation : Autour du butte
Déambulation : Autour du butte
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24 avril 2015 5 24 /04 /avril /2015 06:21

Un huis clos qui commence en comédie. Et les scènes à quelques personnages, 4 maxi, s'enchaînent sous l'oeil de la caméra fixe du taxi. Il est question de vie quotidienne, de faits divers, de scènes cocasses ou d'un accident de la circulation. Une gamme filme avec son appareil photo et dire autre chose serait dévoiler trop. Des femmes voilées passent dans une ville dont on ne voit aucun charme. Le chauffeur est le réalisateur. Son propos se clarifie petit à petit jusqu'à devenir tellement puissant qu'il prend une dimension rare. Celle de donner à vivre. La tension prend le pas sur la dérision et ce qui s'éclaire fait froid dans les tripes. Taxi Téhéran est un chef d'oeuvre créatif dont les conditions du tournage sont partie prenante. Il se laisse décrypter par petites touches. Un debrief est indispensable, revenir sur les éléments distillés, les indices et les preuves, comprendre le rôle des images, et imaginer un ordinaire réel, là bas. La dernière image donne une certitude. Jafar panahi est un homme courageux.

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12 avril 2015 7 12 /04 /avril /2015 16:26

Suite des portraits canariens. Gens croisés ou purement imaginés ? La plume seule le sait.

Oh le doudou

Elle voulait juste fumer une cigarette.

Derrière la vitre, il s’agite, fait des signes. Il montre la porte, les gens qui attendent. Il agite les bras et son visage devient cramoisi. Il regarde vers elle, tentant d’accrocher son regard. Derrière ses lunettes ses yeux divergent depuis toujours. Le médecin avait pourtant dit que ça disparaitrait. Elle attend. Il gesticule avec dans la main cette infâme peluche crasseuse lavée et relavée sans cesse, ce doudou qu’à presque dix ans il refuse de lâcher. Il était pourtant si mignon ce petit cheval en matière éponge désormais jauni et borgne.

Elle voulait juste fumer une cigarette et faire une pause quelques minutes.

Ne plus rassurer, ne plus calmer, ne plus passer sa main dans son dos noueux. Quelques minutes pour elle, lui assis dans la salle d’embarquement avec son père et son doudou décomposé. Quelques minutes à tirer sur sa tige sans penser à la bouffée suivante même si c’est dans la salle glauque d’un aéroport. Mais sitôt isolée, le voilà qui fait de grands gestes comme un gars au bout d’une piste qui gare les avions, inquiet comme le propriétaire d’un champ de mines sur lequel aurait pénétré un groupe de randonneurs, haletant comme un naufragé guettant un cargo même rempli de passagers clandestins. Elle l’aimait tellement quand il est venu au monde. Son espoir, son cadeau de la providence, son petit trésor. Il était l’enfant roi d’une mère à l’âge avancé, d’un couple qui avait profité un temps et attendu longtemps. Un enfant pourri gâté de jouets qui n’aimait que les câlins et cette chose chevaline.

Elle voulait juste faire une pause quelques minutes avant le décollage.

Un break dans sa vie de femme désormais consacrée entièrement à son fils. Oublier son petit hyperactif et omniprésent, sujet de tous les instants. Son mari a son travail et d’une certaine façon, il semble avoir jeté l’éponge, lui délégant l’essentiel et les soucis. Cette fois encore, depuis son enclos à fumeurs à Roissy, elle doit renoncer. Reprendre la garde de la chair de sa chair, le rassurer, lui dire que l’avion ne partira pas sans eux, que tout va bien se passer. Le prendre contre elle, l’apaiser et sentir le contact de la chose suçotée toujours enroulée autour de son index. Elle aimerait être relayée, lâcher de temps en temps, mais il ne veut qu’elle, accroché comme une sangsue au mollet du promeneur de rizière. Avec son mari, ils étaient un couple mature et complice. Il était bienveillant et partageur. Elle aimait le surprendre et faire l’amour. Ils parlaient de tout, de leurs journées actives, de leurs difficultés à concevoir, de rien. Ils sont devenus étrangers, responsables de ce petit monstre qui prend toute la place, occupe l’espace le jour et ses cauchemars.

Dans quelques minutes le décollage. Quelques jours de vacances au soleil, la mer, la piscine. Quelques parcours de golf pour lui, des jeux de l’oie et des maman ! hurlés pour elle. Elle éteint son mégot lentement. Le gamin tambourine sur la vitre essuyée au passage par le doudou. Ses lèvres lui sourient et elle avance vers la porte. Elle l’ouvre, il l’engueule. Maman tu vas nous faire rater les canaries Et il s’en va, à toutes jambes rejoindre son père qui a pris la queue de l’embarquement plongé dans son téléphone. Il court, le cheval en matière éponge crasseux et jauni lui échappe. La file avance. Elle les regarde monter à bord et les rejoint. L’enfant essoufflé renifle. Mon doudou, où est mon doudou. Elle l’a vu, elle sait qu’il est tombé. L’enfant hurle, le père la regarde impuissant. Il est où ce doudou, tu sais ? Oui, elle sait. Elle hésite. Ils sont dans le couloir qui mène à l’avion. Elle dit je vais le chercher, il a dû tomber plus haut. Ils montent à bord et elle fait demi tour. La chose est là, par terre, piétinée. Elle ramasse l’objet dégoutant et s’arrête. Quelques secondes, arrêtée au milieu de la salle d'embarquement.

Et puis elle jette le doudou, marche vers la sortie, court sous le regard du personnel au sol, franchit la police à l’envers et traverse l’aérogare à en perdre haleine. Dehors il bruine, elle s’en fiche, elle sort une cigarette, le temps de faire un break.

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12 avril 2015 7 12 /04 /avril /2015 12:23
JPG augmenté, le grand au palais
JPG augmenté, le grand au palais

Réalité virtuelle. Les robes de sirènes et les rayures marines se regardent avec les yeux des mannequins. Le grand palais fait défiler le talent de Jean Paul Gaultier. Y voir le délire de l'artiste, le fantasme de l'homme rendus accessibles. Punk chic. Plis de haute couture. Le travail est le secret de la beauté. Avec les célébrités en tenue, la musique et les effets spéciaux, cette expo est du spectacle sympathique qui met le luxe à la portée du sésame. Du coup, les allées sont empruntées par des inhabitués des grandes expos parisiennes. Et moi je dis, chapeau. Le rêve pour tous grâce à cet homme qui a fait du fi des différences la ligne de son parti pris. Une exposition qui ouvre les chakras de l'anti conformisme et l'imagination inter culturelle en latex et en dentelles.

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9 avril 2015 4 09 /04 /avril /2015 11:20
Mercredi au soleil

Jardin des récollets je suis allée m'asseoir sur une pelouse. J'en ai été chassée sans ménagement par les préposés à la surveillance. Je me suis retranchée sur un banc à côté de l'aire de jeux que j'ai partagé avec un morceau de concombre au fromage blanc laissé par un pique nique récent. Une nuée d'enfants à qui tout est interdit sauf de hurler, de pigeons, de nounous au téléphone et de vieilles dames du quartier a envahi ma concentration. Et puis les détails du cancer, des rayons à venir et de la crève carabinée par dessus le marché ont eu raison de ma capacité d'écoute. Alors j'ai traversé Paris et me suis réfugiée au cimetière du Montparnasse. C'était autorisé, fleuri et parfaitement calme.

Mercredi au soleil
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6 avril 2015 1 06 /04 /avril /2015 16:46

Déambulation forestière Cerf croisé Sonné d’être découvert Nos regards échangés Moi sous le charme Jeune à peine boisé S’enfuit. Et sous les bourgeons retentit Sonate de brame

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5 avril 2015 7 05 /04 /avril /2015 16:40

Après, la voie cactée, une nouvelle histoire canarienne. Plume de rue en vacances à la plage qui se cache sous les pavés. Toute ressemblance avec vous-même ou quelqu’un de votre entourage serait malheureuse.

Ce devait être une semaine pour eux. Rien que tous les deux, sans les enfants laissés aux beaux-parents. Une semaine pour se retrouver parce que depuis la naissance de Léa il y a dix ans, ils avaient enchaîné les séjours en famille, les bungalows sur la côte et une grande partie des congés à la maison. Il disait pourquoi partir alors qu’on a la mer pas loin et puis comme ça tu peux t’occuper de tes fleurs tu dis que n’as jamais le temps. Mais là une mouche l’avait piqué et pour leur anniversaire de mariage, il lui avait offert une semaine au soleil. Pour une fois, et plus c’est toi qui choisis. Elle serait bien allée en République Dominicaine mais il avait souligné que ça faisait beaucoup d’heures d’avion, qu’il y avait le décalage horaire et qu’elle aurait du mal à reprendre le rythme au boulot après. Sans compter que c’était extrêmement cher. En revanche, il y avait des vols directs depuis Nantes jusqu’à Las Palmas, il n’y avait même pas besoin de monter jusqu’à Paris. Et puis son collègue Christian lui avait donné un tuyau terrible sur un hôtel sympa à quelques centaines de mètres de la mer avec buffet à volonté et tout à portée de tong. Il s’était occupé de la réservation sans omettre de lui montrer les preuves photographiques sur le site du voyagiste de la promesse de paradis qu’il lui offrait. A eux le kilomètres de plage de sable, les parasols à rayures et les transats qui n’attendaient que le passage des glaciers. Une otite chez Jonathan avait failli les faire renoncer mais il avait su la convaincre que le pronostic vital de leur adolescent n’était pas suffisamment engagé pour qu’elle renonce à ces vacances bien méritées. Le vol avait secoué un peu mais elle avait évité d’exprimer ses craintes ne voulant pas l’énerver davantage que les trois de retard que la compagnie charter leur avait faire prendre, sans explication valable de gâcher ainsi les quelques jours de vacances de pauvres contribuables méritants.

La chambre était propre un peu vieillotte et avec la vue sur le parking mais il y avait une bouilloire avec deux sachets de thé earl grey par jour et des échantillons à volonté dans la salle de bain. Elle avait remisé tout ce qu’elle pouvait, chipé quelques gâteaux sous vide au buffet du petit-déjeuner, pour ramener aux enfants. Les journées étaient ensoleillées et elle regretta de ne pas avoir apporté de crème solaire. Pourtant il en restait un tube à peine entamé datant de l’été dernier. Quel dommage. Ils sympathisèrent avec un couple des Hautes-Alpes rencontré lors d’une excursion sur un catamaran géant. Le monsieur l’avait aidée à monter à bord, alors qu’elle était en difficulté avec une marche trop haute et ses kilos superflus mal à propos. Sa dame aussi avait un peu d’embonpoint et elles avaient partagé la même banquette à l’ombre pendant que les hommes profitaient de l’apéritif au soleil. Absorbée par la conversation et les détails donnés sur sa vie dans les pays de Loire, elle avait réalisé tout à coup combien il était appréciable d’être ici sans les enfants même si ils lui manquaient un peu. Elle regardait régulièrement vers son mari et appréciait sa relative sveltesse au regard des autres vacanciers. Elle se sentait bien.

En rentrant de l’excursion ils avaient pris un pot à l’embarcadère avec l’autre couple et s’étaient promis de se rendre visite dès que le temps le leur permettrait. Grisés d’embruns et de bière, ils avaient ensuite fait des emplettes. Elle avait insisté pour prendre un teeshirt pour chacun des enfants qui s’étaient ajoutés à la somme des bricoles pour les uns et les autres et une un peu plus grosse pour ses beaux-parents qui leur avaient tout de même bien rendu service. Aloé vera pour sa collègue, céramique pour ses parents à elle, magnets pour tous, rhum distillé sur place à la vanille pour eux et nature pour les voisins, tout était local et elle était ravie de pouvoir faire plaisir, fière à l’idée de la distribution qui s’annonçait.

La semaine touchait à sa fin et elle disait qu’elle ne voulait pas rentrer, ravie de ne pas avoir à faire la cuisine et il vaisselle. Ils avaient fait une promenade sur la plage au soleil couchant, se tenant par la main comme de jeunes amoureux. Il l’avait prise par la taille et taquinée sur ses poignées d’amour. Elle avait rougi et il l’avait embrassée en lui disant qu’il aimerait toujours sa môman à lui. Quand elle avait eu du mal à fermer la valise, allongé sur le lit, il l’avait charriée. Elle lui avait dit qu’il serait bien content de boire le rhum qu’ils ramenaient et que les enfants aient de nouveaux teeshirts pas chers. Il avait souri. Et elle était bien contente de sa repartie. En revanche, en voyant sa tête au comptoir d’enregistrement de l’aéroport quand la dame avait annoncé dans un français impeccable qu’il fallait payer un excédent de bagages et qu’il avait hurlé « trois kilos, mais c’est énorme ! », elle avait su qu’il lui ferait payer.

Trois kilos, c’est énorme !
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