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Le propos

Regards sur la culture, images des rues, mots venus par inspiration

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Tu pédales. Machinalement.

Sinon comment oublier ? Tes membres douloureux. Tous sans exception. Intérieur et Extérieur.

Tu pédales. Difficilement.

La lande défile au rythme de ta bicyclette. Lentement.

Tu pédales. Avidement.

Parti depuis si longtemps, elle pourrait ne pas te reconnaître. Tu pourrais ne pas la retrouver.

Vous pourriez ne plus vous aimer.

Tu pédales, pourtant.

Une douleur dans les trippes.

Et pourtant, des trippes, tu en as vu. Haut-le-cœur, vécu. Cinq ans, c’est long.

L’horreur, la violence, le chacun pour soi, la solidarité opportuniste, les ordres, l’enfermement, l’isolement, les cris. Les camps.

Tu pédales. Nerveusement.

Quelque chose en toi s’est remis à vivre.

Quelque chose du centre de toi.

Quelque chose de plus fort. Tu le sens.

Tu pédales. Impatiemment.

Cinq ans, loin là-bas. Tenu par cette sensation qui réchauffe. A chaque pensée pour elle. Souvent. Tout le temps. Du chaud frissonnant. Une raison de rester vivant.

Prisonnier des autres, libre de tes sentiments.

Résistant.

Tu pédales. Courageusement.

Tes jambes dures comme la pierre qui jalonne le chemin.

Tes bras tremblant comme les feuilles bercées par le vent.

Tes lèvres congelées, incapables d’embrasser.

Elle t’attend.

Tu pédales. Dément.

Un creux dans ton estomac. Béant.

Un vide fait de « et si ? »

Et si ?

Et si elle avait refait sa vie ?

Malgré les promesses. Malgré les caresses. Sans adresse.

Voila longtemps que tu es sans nouvelles. Tu as écrit à ton amour, sans retour.

Tu pédales. De plus en plus rapidement.

La lande de ton enfance, barbarisée.

La maison de tes parents, rasée. Celle de ton oncle, brûlée.

Aucune trace d’eux. Des cailloux dans des champs de pierres.

Un poignard s’est enfoncé entre tes cotes. Un poignard invisible. Redoutable. Un poignard vengeur.

Tu pédales. Rageusement.

La boule qui t’enserre monte et descend. Seule en toi.

Pieds et mains dérobés.

Ventre à terre.

La maison au bout du chemin. Enfin.

Tu pédales. Aveuglément.

Ton cœur martèle ta poitrine. Plus fort que leurs pas sur le sol.

Tu arrives. Maintenant.

 

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